[Mise à jour, 10:31] Réaction de Sandrine Fournier, de Sidaction
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils sont franchement mauvais. Entre 2011 et 2012, selon l’enquête de l’Institut de veille sanitaire publiée aujourd’hui, le nombre de découvertes de séropositivité au VIH a fortement augmenté, de 14%, entre 2011 et 2012, alors qu’il augmentait en moyenne de +3% par an entre 2003 et 2011. En 2012, 2648 Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) ont découvert leur séropositivité. Cela représente 43% du nombre total de découvertes de séropositivité en France. Parmi ces HSH, près de la moitié avaient été récemment infectés (47%) et cette proportion a augmenté entre 2011 et 2012 alors qu’elle est restée stable chez les hétérosexuels.

En 2012, le nombre de découvertes de séropositivité chez les HSH est estimé à 2600. Parmi eux, 15% avaient moins de 25 ans et 14% avaient 50 ans et plus. Ils étaient très majoritairement (85%) nés en France.

Alors que dans les autres groupes, les découvertes de séropositivité VIH sont restées relativement stables depuis dix ans, elles n’ont cessé d’augmenter chez les gays, avec une flambée pour la dernière année étudiée.

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Source: INVS, BEH 9_10_2014

Les HSH sont aussi un groupe où le dépistage est plus fréquent et la découverte de la séropositivité se fait à un stade plus précoce de l’infection. Parmi les régions les plus touchées et qui devraient concentrer le plus d’efforts de prévention, on trouve l’Ile-de-France qui regroupe à elle seule 42% des découvertes de séropositivité, la région Paca, ainsi que les départements d’Outre Mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique). C’est d’ailleurs en Paca et dans le Languedoc-Roussillon que le nombre de découvertes chez les HSH a augmenté entre 2011 et 2012 mais pas en Ile-de-France ni dans les DOM.

Selon Sandrine Fournier, chargée de mission prévention gay à Sidaction, l’augmentation dans ces deux régions pourrait trouver une explication dans la faiblesse du tissu associatif local. «Dans ces deux régions, il y a très peu d’actions de santé ciblées. Les choses commencent à aller mieux, mais imaginez que le premier centre LGBT n’a ouvert à Nice qu’en 2012.» Même Aides serait beaucoup moins présent et leurs actions limitées. Une autre cause de cette augmentation selon Sandrine Fournier serait à rechercher du côté du dépistage: «Il est clair que la généralisation des tests rapides a un impact sur l’augmentation des découvertes de séropositivité», affirme-t-elle.

Un total de 6400 personnes ont découvert leur séropositivité VIH en 2012. Les campagnes d’incitation au dépistage et à la prévention ne parviennent pas à faire diminuer ce chiffre qui reste à un niveau élevé depuis des années. Pire, chez les gays et les HSH, l’épidémie flambe. Et parmi les 2600  gays qui ont découvert leur séropositivité cette année-là, plus de 1240 hommes s’étaient infectés dans les quelques mois précédant le diagnostic. Un signe très inquiétant qui devrait inciter pouvoirs publics et associations à un sursaut alors que de nouvelles réductions  des subventions sont annoncées. En Grèce, on a constaté une hausse très forte de l’épidémie depuis la crise financière et la baisse des crédits alloués à la lutte contre le sida. La France est-elle en train de suivre le même chemin?

Photo Campagne de l’Inpes sur le préservatif, décembre 2013.