Où se situe Manuel Valls, le nouveau Premier ministre, sur les questions LGBT? Si l’on en croit les réponses qu’il avait faites à Homosexualités et Socialisme (HES) en 2011, il est sur la même ligne que la plupart des socialistes. Pro-mariage pour tous, pro-PMA, pro-droits des trans’ et à la différence des cinq autres prétendant.e.s de l’époque, il est même favorable à une GPA éthique. Il avait détaillé sa position sur le sujet dans une interview à Têtu:

«Je comprends que certains au PS aient peur d’une dérive vers une marchandisation du corps des femmes qui pourrait se révéler immaîtrisable. Mais au-delà de ces précautions, c’est une évolution qui est incontournable, à condition qu’elle soit encadrée. Contrairement à ce que disent ceux qui sont par principe hostiles à la GPA, je crois que si celle-ci est maîtrisée, elle est acceptable, et j’y suis donc favorable.»

Une fois au pouvoir, il a surtout abordé la question de l’égalité sous l’angle sécuritaire. Il a notamment condamné à plusieurs reprises, et avec vigueur, le climat homophobe et les actes d’intimidation ou de violence à l’égard des personnes LGBT pendant les débats du mariage pour tous (voir Valls sur les violences homophobes: «La République ne cédera pas devant de tels agissements»). Il s’est illustré aussi par un bras de fer avec la «Manif pour tous», qui lui reprochait un comptage partisan de ses manifestant.e.s. En 2013, le ministère de l’Intérieur avait accueilli une réunion de l’Association européenne des policiers homos (EGPA), une première. Jusqu’ici, rien à signaler, ou presque.

Mais les choses ont commencé à se gâter avec la question de la PMA. C’est lui qui, début février, en débordant clairement de son rôle de ministre de l’Intérieur, a annoncé que cette mesure serait enterrée, en pratiquant au passage le sport favori des anti-LGBT: l’amalgame avec la GPA. Une intervention qui avait semé la consternation parmi les associations LGBT, à l’image de l’inter-LGBT, qui l’avait exprimé sur Yagg (lire «Qui a peur des réacs?», demande l’Inter-LGBT)

JUGER SUR PIÈCES
Au PS, Homosexualités et Socialisme, très critique envers le gouvernement sur sa gestion de la PMA et des droits des trans’, veut juger sur pièces. «J’attends de voir », répond Denis Quinqueton, président d’Homosexualités et Socialisme lorsqu’on lui demande son avis sur la nomination du nouveau Premier ministre. «J’attends sa déclaration de politique générale, précise-t-il. Qu’a-t-il l’intention de faire? Va-t-il continuer ou pas les réformes? Que va-t-il répondre aux quelques critiques qui commencent à attribuer l’échec des municipales au mariage pour tous?»

«Je n’oublie pas malgré tout que c’est lui qui a annoncé le retrait de la PMA du calendrier parlementaire», complète-t-il. Et justement, Denis Quinqueton pointe du doigt la gestion de ce dossier par le gouvernement: «C’est ce genre de méthode qui a pu nous mener à la défaite des municipales. La PMA a été promise, puis reportée à une loi Famille, puis décalée en attendant l’avis du Comité consultatif national d’éthique, puis abandonnée…»

La position de Manuel Valls en faveur de la GPA lui semble peu importante. «François Hollande a dit qu’il était contre, ça ferme le débat, estime Denis Quinqueton. En revanche cela témoigne d’une certaine liberté d’esprit. Et ça c’est plutôt intéressant. Lorsqu’il a fait cette réponse à HES, il savait que cela serait public. Et ce que je sais de lui, c’est qu’il ne fait rien à la légère.»

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