«[Pour gagner Paris], être gay-friendly, ce n’est pas une condition suffisante, mais c’est une condition nécessaire», analysait Roselyne Bachelot lors de la marche pour l’égalité des droits de janvier 2013. Anne Hidalgo, qui va succéder à Bertrand Delanoë à la tête de Paris, aurait pu faire sienne cette déclaration. De prime abord, on pourrait se dire qu’il va être plus difficile pour une femme hétérosexuelle d’être plus gay-friendly qu’un homme ouvertement gay. On aurait peut-être tort. Car voilà des années que celle qui se définit comme une «combattante de l’égalité» côtoie les associations LGBT. Alors que Bertrand Delanoë a pu sembler un peu lointain, elle a joué à fond la carte de la proximité. Marche des fiertés, soutien à Paris 2018: il y a peu de manifestations ou de rassemblements où on ne l’a pas vue ces dernières années. Les réseaux sociaux n’ont pas été négligés non plus. Lorsque Yagg a lancé son Tumblr Oui à l’égalité des droits, elle fut l’une des premières à y poster une photo.

Que ce soit par sincérité, par calcul politique ou un peu des deux, une chose est sûre: elle a fait le job. Avant le premier tour de ces municipales, elle a notamment pris soin de rencontrer les associations LGBT, d’écouter leurs revendications, de leur expliquer sa vision d’une ville résolument gay-friendly, à l’image de Tel Aviv, (voir Anne Hidalgo: «Paris doit s’assumer gay-friendly») et de les rassurer quant à une baisse éventuelle de leurs subventions. Elle est également venue chatter avec les internautes de Yagg, dans nos locaux. Un signe qui ne trompe pas: dès que le gouvernement a annoncé, en pleine campagne municipale, que la PMA était reportée sine die, c’est à Yagg qu’elle a réservé sa première réaction. Consciente que ce recul entamait sérieusement le crédit du gouvernement auprès des associations LGBT et des gays, des lesbiennes, des bi.e.s et des trans’ tout court, elle a affirmé «ne pas comprendre» (Lire Anne Hidalgo: «Je regrette ce recul du gouvernement que j’ai du mal à comprendre»).

Outre les associations, la maire de Paris aura dans son entourage de nombreuses personnalités sensibles à ces questions. À commencer par des homosexuels eux-mêmes. Quatre maires d’arrondissement (Christophe Girard, Rémi Féraud, François Dagnaud et François Vauglin) sont en effet ouvertement gays. En plus de ces quatre-là, elle a invité sur ses listes des personnalités comme Caroline Mecary (à qui elle avait remis l’ordre du mérite), ou Jean-Luc Romero, qui lui a succédé à la tête du Crips Ile de France. Bruno Julliard, adjoint à la culture à Paris lors du deuxième mandat de Betrand Delanoë, ou Ian Brossat, chef de file des communistes de la capitale, qui avait négocié un accord très favorable avec les socialistes, devraient avoir une place de choix dans son dispositif. Philippe Lasnier, le «monsieur gay» du cabinet de Bertrand Delanoë, était également très présent pendant la campagne. De quoi le reconduire à son poste?

Au final, passer d’un maire gay à une maire gay-friendly ne changera sans doute pas grand chose pour les gays, les lesbiennes, les bi.e.s et les trans parisien.ne.s. On devrait toujours les voir côte à côte lors de la marche des fiertés.

Photo Florian Bardou