Entre le renforcement de ses liens avec l’Ukraine et la protection des droits des LGBT, la Commission européenne a tergiversé le temps de quelques jours, avant de trancher en faveur de la deuxième option. Depuis un peu plus de deux ans, l’Union européenne (UE) et l’Ukraine discutent d’un processus de libéralisation des visas, ce qui rendrait ceux-ci plus faciles à obtenir. En échange d’une facilitation des procédures par l’UE, Kiev devait adopter une législation protégeant les LGBT des discriminations dans le monde professionnel. Les discussions butaient également en raison d’un projet de loi «anti-propagande homosexuelle» que des parlementaires ukrainien.ne.s souhaitaient mettre en place comme en Russie. Plusieurs États et parlementaires ont indiqué qu’ils/elles s’opposeraient à l’accord sur les visas si l’Ukraine empruntait cette voie. Après avoir été repoussé, ce projet de loi a finalement été adopté en première lecture.

DROITS DES LGBT OU RAPPROCHEMENT AVEC L’UKRAINE?
Autre mauvais signe: le gouvernement ukrainien a récemment retiré son projet de loi protecteur des LGBT au travail. Officiellement, ce retrait a pour but d’améliorer le texte et de le rendre totalement compatible avec les demandes de l’UE. Mais pour Andriy Maymulakhin, président de l’association LGBT Nash Mir («notre maison», en français), c’est plutôt un abandon des autorités ukrainiennes sur cette question. Le rattachement de la Crimée à la Russie et la guerre d’influence entre la Russie à l’est et l’UE à l’ouest aurait même poussé celle-ci à se montrer plus souple. Lundi 24 mars, le ministre de la Justice ukrainien a indiqué que l’UE a abandonné ses exigences concernant les droits des LGBT. Selon nos informations, la Commission comme les parlementaires ont un temps estimé que la priorité consistait à privilégier les relations avec l’Ukraine, quitte à temporiser sur les droits des LGBT.

Finalement, la Commission s’est ravisée: le porte-parole de la délégation de la Commission européenne à Kiev, David Stulik, a démenti les déclarations du ministre de la Justice ukrainien et indiqué à Buzzfeed que l’Union continue à attendre de l’Ukraine des progrès en faveur de la lutte contre les discriminations. Pour l’Intergroupe LGBT au Parlement européen, «l’UE et l’Ukraine doivent évidemment se rapprocher et assurer la stabilité régionale. Néanmoins, cela ne se fera pas au prix des exigences déjà exprimées par la Commission européenne. Le Parlement maintient ses demandes d’avril 2013, et l’ambassade de l’Union européenne à Kiev reste sur la même ligne: la signature d’un accord de facilitation des visas avec l’Ukraine se fera uniquement lorsqu’une loi aura été adoptée pour garantir la non-discrimination sur la base de l’orientation sexuelle dans le domaine de l’emploi.» Pour Andriy Maymulakhin, il est primordial que l’UE continue à faire pression sur l’Ukraine, d’autant plus que le président et le Premier ministre sont selon lui sont «les représentants de forces politiques plutôt conservatrices et homophobes».

LA CRIMÉE DIVISÉE
Pendant ce temps, en Crimée, le référendum sur l’appartenance de la péninsule à la Russie a divisé les LGBT vivant dans la région, rapporte NBC News. Un gay hostile au référendum a ainsi indiqué qu’il préfère désormais aller vivre en Turquie: «Avant l’occupation russe, c’était vraiment compliqué d’être homo en Ukraine, c’est pour cela que je suis toujours dans le placard et que je me sens piégé. Mais maintenant, c’est absolument insupportable.»

Depuis le vendredi 21 mars, la Crimée et la ville de Sébastopol sont officiellement devenues des entités administratives russes, où s’applique désormais la loi interdisant la «propagande des relations non-traditionnelles». Victime d’une agression homophobe en 2012, l’Ukrainien Vladimir Rudyuk a voté en faveur du rattachement à la Russie en dépit de ses inquiétudes concernant cette loi homophobe. «Mais il vaut mieux la dictature de Poutine qu’une maison chaotique», a-t-il expliqué. Il vit avec son compagnon, Pavel Afanasyev, et tous deux se sont présentés à leurs voisins comme étant frères. Pavel, lui, a voté le contraire, pour que la Crimée ne soit pas coupée de la communauté internationale. Le résultat du vote – 96,77% des personnes qui ont participé au scrutin ont choisi l’annexion – lui laisse peu d’espoir.

Photo Nash Mir