Dans un style empreint de poésie, «JP» raconte sur le site des Popingays l’agression dont lui-même et son compagnon ont été victimes ce lundi 17 mars, près de la tour Montparnasse à Paris. Les deux hommes attendaient le bus, enlacés, lorsqu’un troisième les a agressés: «Dégueulasse. Vous êtes dégueulasses, bande de pédés», a lancé celui-ci avant de s’en prendre physiquement au couple. L’agresseur s’est attaqué au visage d’une des deux victimes, tandis que JP tentait d’appeler la police.

TENTATIVE D’HOMICIDE
«T’appelle les flics? Je vais te crever, pédé», a lâché l’homme que JP décrit comme «grand» et »jeune». JP a trouvé refuge dans une épicerie, mais le gérant l’en a chassé. «Finissez-le, c’est un pédé!», haranguait en même temps l’agresseur. Finalement, un homme présent à la terrasse d’un bar s’est interposé et a mis fin aux violences. JP a pu rejoindre son compagnon, «tuméfié, défiguré, à demi-conscient». À l’hôpital Cochin, on découvre que le pronostic vital de l’œil du compagnon de JP est engagé. Les médecins sont parvenu.e.s à éviter le pire, mais des séquelles sont à prévoir. «Putain d’homophobe, on va pas le louper», s’est exclamé un sergent, quelques minutes avant l’interpellation de l’agresseur.

Âgé de 24 ans, ce catholique versaillais qui pratique le rugby a assuré ne pas être homophobe mais n’a pas supporté que les deux hommes «s’exhibent». Il a présenté des excuses, mais les deux victimes ont maintenu leur plainte pour tentative d’homicide en mentionnant notamment la circonstance aggravante d’homophobie. Une audience en comparution immédiate a eu lieu hier, jeudi 20 mars. Pour l’Inter-LGBT, qui a réagi par un communiqué, il s’agit d’une «agression abjecte et barbare». Les porte-parole de l’interassociative rappellent que plusieurs faits de violences ont émaillé l’actualité des derniers mois à Paris, comme à Lille, Rouen ou Marseille.

«La responsabilité de ce climat délétère incombe directement aux mouvements réactionnaires opposés au « mariage pour tous » qui ont contribué à banaliser la parole homophobe en France, dénoncent les porte-parole. Aussi, nous souhaitons que la responsabilité des leaders de ces mouvements soit publiquement affirmée et que des poursuites soient enfin engagées à l’encontre de ces groupuscules qui, à la faveur d’une surexposition médiatique incompréhensible, tentent d’ériger la haine de l’autre en opinion acceptable.

«L’Inter-LGBT exige aussi que les responsables politiques sortent de leur silence et prennent la mesure de ce qui est en train de se passer, dans un contexte, qui ne cesse de s’alourdir depuis mi 2012, de montée de paroles « décomplexées » et de stratagèmes politiques où certains « jouent avec le feu ». Des moyens doivent rapidement être mis en place pour lutter efficacement contre toutes les violences et discriminations à raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre.»

Le procès doit avoir lieu le 24 avril.

Illustration Fabizm