Après le référendum en Crimée ce dimanche et le décret passé hier, lundi 17 mars, par Vladimir Poutine reconnaissant l’indépendance de cette province et son intégration à la Russie, les États-Unis ont émis des sanctions à l’encontre de plusieurs personnes issues du gouvernement russe. «Nous leur rappelons qu’il y a des conséquences à leurs actions, a déclaré Barack Obama. Nous continuerons de rappeler à la Russie que de nouvelles provocations ne feront rien d’autre que de l’isoler et de diminuer sa place dans le monde.»

UNE DÉCISION TARDIVE
Les onze personnalités politiques russes et ukrainiennes concernées ont vu leurs actifs gelés et leurs visas suspendus. Parmi les parlementaires visé.e.s se trouve Elena Mizulina. Députée à la Douma et présidente de la commission parlementaire des affaires familiales, c’est elle qui est à l’origine de la loi fédérale criminalisant la propagande des «relations sexuelles non traditionnelles» auprès des mineurs, promulguée par Vladimir Poutine en juin 2013. Le nom d’Elena Mizulina dans cette liste en a surpris plus d’un.e, à l’instar de l’organisation Gay Russia: «Ce n’est ni un proche conseiller du président Vladimir Poutine, ni un haut fonctionnaire du pays», ont réagi les militant.e.s. Alors pourquoi tombe-t-elle sous le coup d’une sanction qui vise les responsables de la crise ukrainienne? Gay Russia a sa petite idée: «Aujourd’hui, Elena Mizulina n’était qu’une victime indirecte de la crise russo-ukrainienne quand l’administration américaine a frénétiquement cherché plusieurs hommes politiques russes qui pourraient remplir la liste de sanctions.»

Certain.e.s suggèrent que les États-Unis ont tout simplement profité de la situation pour glisser cette parlementaire gênante dans la masse et utiliser la Crimée comme prétexte pour punir celle qui détient une part de responsabilité dans le climat homophobe qui plane sur la Russie. En outre, une pétition avait été lancée sur le site de la Maison Blanche l’été dernier afin qu’elle et Vitali Milonov (l’élu municipal connu pour son rôle dans l’adoption de la loi criminalisant l’homosexualité à Saint-Pétersbourg en 2012) figurent sur cette liste noire. Cette pétition, qui n’avait été relayée par aucune association, n’avait finalement abouti à aucune prise de position de la part de l’administration Obama… qui serait aujourd’hui en train de rattraper le coup par un moyen détourné et moins voyant?

Pour le militant LGBT Nikolai Alekseev, il s’agit d’une bonne nouvelle… qui arrive pourtant bien trop tard: «Étant l’une des rares personnes à avoir été condamnées en vertu de la loi sur la propagande gay, je ne peux que saluer les sanctions de l’administration Obama contre Mme Mizulina, mais j’aurais préféré que cette décision soit prise avant, pas dans le contexte de la situation en Crimée, mais à la suite de ses initiatives homophobes», a-t-il affirmé auprès de Gay Russia. Sollicité par Yagg, il a notamment rappelé que lui-même s’était mobilisé pour que la députée soit ajoutée à la Magnitsky List (une loi votée fin 2012 aux États-Unis pour interdire l’entrée sur le territoire américain à des officiels russes): «Cela aurait dû être fait il y a longtemps au vu de son rôle dans l’adoption de la loi sur la propagande gay. Mais même de cette façon, ce n’est déjà pas si mal», a-t-il reconnu. De son côté, Elena Mizulina a qualifié cette sanction à son encontre de «dure violation de ses droits et de ses libertés en tant que citoyenne et en tant que politicienne».

Photo Dmitry Rozhkov