Pour réduire au silence toute forme d’opposition, le pouvoir malaisien emploie une stratégie redoutable: l’accusation de «sodomie». Un des leaders actuels de l’opposition, Anwar Ibrahim, vient d’en faire les frais: il a été condamné à 5 ans de prison en appel vendredi 7 mars, après avoir été acquitté en 2012 par la Haute Cour. La législation malaisienne punit de 20 ans de prison la «sodomie», considérée comme un crime.

Dans son jugement, la Cour d’appel, saisie par le gouvernement de Malaisie, a considéré qu’il y avait bien eu acte de sodomie de l’ancien vice-Premier ministre de 66 ans sur un assistant en 2008, et a donc donné raison au gouvernement. De son côté, Anwar Ibrahim, considéré comme une des personnes les plus influentes au monde par le Time en 2008, a dénoncé des manigances politiques pour nuire à sa réputation. «C’est un travestissement de justice, j’aurais pensé que vous auriez plus de courage», a-t-il reproché au juge de l’affaire. Il a indiqué qu’il ferait appel devant la Cour fédérale alors que doit se tenir l’élection du ministre en chef de l’État de Selangor (centre) qui entoure le district fédéral de la capitale Kuala Lumpur, le 23 mars.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le politicien est accusé de «sodomie» puisqu’en 1998 il avait été condamné à 6 ans de prison pour les mêmes motifs, en plus des allégations de corruption. Il avait ensuite été blanchi de l’accusation de «sodomie» avant d’être libéré en 2004. Et l’accusation a été largement vue comme un prétexte pour l’écarter de la vie politique.

Dans un communiqué, Amnesty International a déploré qu’une telle condamnation ait pu être rendue. «C’est un triste jour pour la justice en Malaisie. Anwar Ibrahim fait l’objet depuis des années d’un harcèlement constant de la part des autorités, qui tentent de manière flagrante de réduire au silence l’une des principales voix de l’opposition, et d’empêcher cet homme de participer à des élections», a dénoncé Hazel Galang-Folli, spécialiste de la Malaisie au sein d’Amnesty International.

Sur la sodomie, il exhorte ensuite la Malaisie à agir: «Le fait que les autorités malaisiennes considèrent encore la « sodomie » comme un crime est en soi profondément dérangeant. Le gouvernement doit abroger la loi sur la « sodomie », un texte répressif qui permet ce type de persécution, motivée par des considérations politiques.» Et Amnesty International de rappeler les engagements de la Malaisie en matière de droit à la vie privée et à la non discrimination inclus dans les Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966 de l’ONU qu’elle a ratifié – et même s’il n’a aucune valeur juridique contraignante.

«Les lois érigeant en infraction les actes sexuels entre adultes consentants sont contraires au droit international en matière de droits humains.»

L’article 377 du Code pénal malaisien pénalise l’homosexualité au titre d’«outrage aux mœurs».

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