Vendredi 7 mars, alors qu’une pétition a été lancée mercredi 5 mars par l’organisation All Out pour faire pression sur les entreprises et multinationales, et en particulier Orange, qui achètent des encarts publicitaires dans les pages d’un des plus importants tabloïds homophobes ougandais, Red Pepper, le groupe de télécommunications a annoncé par l’intermédiaire de son directeur du service presse, Jean-Bernard Orsoni, avoir pris la décision de cesser la collaboration du groupe avec le quotidien.

«Nous faisons de la publicité dans tous les pays où nous sommes présents, et là, malheureusement, cette publicité est passée dans ce journal, a-t-il d’abord déploré, joint par Yagg. Nous avons été choqués, mais nous n’avons aucun contrôle éditorial sur les supports dans lesquels nous plaçons de la publicité.»

Hasard du calendrier? Si Jean-Bernard Orsoni estime que la pétition a attiré l’attention d’Orange et a permis de prendre la mesure de la situation, le contrat avec Red Pepper se terminait justement hier, jeudi 6 mars, «et il n’est pas question de le renouveler».

Orange Red Pepper Ouganda

Mercredi 5 mars, une pétition avait été mise en ligne sur la plateforme de l’organisation All Out pour interpeller le groupe Orange, très présent en Ouganda, et qui achète des encarts publicitaires dans les pages du tabloïd. Signée par près de 70000 signatures, elle encourage ouvertement Orange à se positionner, à retirer ses publicités des médias anti-homos ougandais, à protéger ses employé.e.s LGBT et à montrer les conséquences de ces violations des droits humains pour l’économie ougandaise.

DES CONSÉQUENCES SUR L’ÉCONOMIE OUGANDAISE
«On pense qu’Orange a un vrai rôle à jouer en prenant l’initiative et en faisant la lumière sur les conséquences de la loi anti-homosexualité pour le business en Ouganda», explique Guillaume Bonnet, chargé de campagne All Out en France.

«Si Orange et d’autres entreprises font ce geste-là, ça enverra un signal fort aux médias au gouvernement ougandais.»

Le directeur du service presse d’Orange se veut rassurant: «Nous avons pour habitude de protéger nos salariés quels qu’ils soient». «La loi vise directement Orange car la clause 13.2 ciblent les entreprises et les multinationales», poursuit Guillaume Bonnet.

La loi entend en effet poursuivre tout type d’organisation qui promeut d’une quelconque manière l’homosexualité. À ce titre, toute entreprise risque de se voir retirer son certificat et de voir son directeur ou propriétaire condamné à des peines de prison allant jusqu’à 7 ans. «Si Orange venait à défendre ses employé.e.s LGBT alors l’entreprise selon la loi serait coupable», relève le militant d’All Out.

De cette campagne, All Out attend un effet boule de neige sur les autres multinationales présentes en Ouganda et souligne qu’elle s’inscrit dans une campagne plus générale signée par plus de 300 000 personnes, qui invite les dirigeant.e.s, leaders spirituels, organisations et entreprises à s’exprimer et à condamner la loi ougandaise.

L’association des salariés LGBT d’Orange, Mobilisnoo avait également interpellé le comité exécutif du groupe de télécommunications vendredi 7 mars dans un communiqué, et avait souhaité rappeler que l’entreprise est «signataire de la charte de l’engagement LGBT* depuis janvier 2013» et «depuis 2000, du pacte mondial des Nations Unies et sa charte de déontologie l’oblige à condamner fermement ces agissements».

LES TIMIDES RÉACTIONS DES MULTINATIONALES
Le 25 février dernier, au lendemain de la promulgation de la loi ougandaise «anti-homosexualité» qui criminalise désormais par des peines de prison à vie les relations entre personnes de même sexe, Red Pepper, divulguait en Une une liste de 200 personnalités homosexuelles. Lancé dans une véritable chasse aux sorcières contre les personnes LGBT, le quotidien ougandais n’en est pas à sa première tentative de délation, à l’instar du tabloïd Rolling Stones qui en 2010 publiait une liste similaire et appelait à pendre David Kato, un militant gay ougandais, assassiné peu après.

Depuis, les réactions, les sanctions ou menaces de sanctions économiques ont été nombreuses. Dernière en date, les déclarations d’un cardinal ghanéen, Peter Turkson, président du Conseil pontifical «Justice et Paix», lors d’une conférence de presse à Bratislava en Slovaquie qui appelait l’Ouganda à abroger sa loi anti-LGBT mardi 4 mars.

Mais à ce jour aucune multinationale présente en Ouganda n’est connue pour avoir pris position contre la loi, alors même que le milliardaire Richard Branson, fondateur de Virgin, exhortait les entreprises à boycotter ce pays d’Afrique de l’Est en décembre dernier. Fin 2012 déjà, les banques Barclays et Citibank, très LGBT-friendly, et dont le poids financier dans l’économie ougandaise est important, avaient timidement réagi à une pétition qui leur demandait de se positionner contre ce qui n’était encore qu’un projet de loi.

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