[Mise à jour, 11 mars] Prix du sofosbuvir dans les pays du Sud.
À peine descendus de l’avions qui les ramenaient de la Croi, la plus grande conférence annuelle sur le VIH/sida et les hépatites, Jean-François Delfraissy, le directeur de l’ANRS, recevait la presse pour un résumé très instructif des annonces faites à Boston.

À ses côtés, c’est le Pr Brigitte Autran, éminente immunologiste (Hôpital Pitié-Salpétrière, Paris) qui est intervenue en premier, pour annoncer que le traitement le plus précoce possible des personnes séropositives protège le système immunitaire. Mais qu’il faudra sans doute faire durer ce traitement assez longtemps (5 ans) avant de pouvoir l’arrêter.
En revanche, la Croi n’a pas permis selon elle de dégager des stratégies concluantes sur l’éradication du virus. Celle qui consiste à purger les réservoirs de virus, dite de «Shock and Kill» afin de les traquer puis de les éliminer s’avère décevante pour le moment.

ANTI-INTÉGRASE EFFICACE EN PREMIER TRAITEMENT
Jean-François Delfaissy a annoncé ce qui ressemble à un pavé dans la mare des experts responsables des recommandations de traitement (le Rapport Morlat). En première intention chez des patients naïfs de traitement, l’association d’une antiprotéase (Prezista) et d’un inhibiteur d’intégrase (Isentress) fait aussi bien que des combinaisons plus classiques (essai NEAT001/ANRS 143). Le rapport devrait donc revoir sa copie pour intégrer ce dernier médicament, produit par Merck, dans les recommandations de premier traitement. Avantage non négligeable de l’anti-intégrase: elle est très bien tolérée et est donc un médicament de choix pour les personnes coinfectées par l’hépatite C.

UN ANTIRÉTROVIRAL EFFICACE PENDANT PLUSIEURS SEMAINES
Une nouvelle famille de médicaments, qui cible la phase durant laquelle le virus s’attache à la cellule, d’où leurs noms, les anti-attachements, sont une autre bonne nouvelle de cette conférence. Le laboratoire BMS a présenté des résultats assez préliminaires, mais très encourageants de sa molécule en développement, BMS-663068. Autre nouveauté très intéressante, autant pour le traitement des personnes déjà infectées que pour la prévention de l’infection, un médicament du laboratoire GSK, une anti-intégrase nommée GSK-744 et déjà commercialisée. Mais sous sa forme injectable, elle a une efficacité qui s’étale sur plusieurs semaines. Chez le singe, la protection en préventif a été totale pendant 4 semaines. On attend pour la fin 2014 un essai de prévention chez l’être humain, en Afrique du Sud mais sans doute aussi en Amérique du Nord et du Sud.

BAISSE DU PRIX DU SOFOSBUVIR POUR LE SUD
Sur le front des hépatites, les nouvelles molécules qui arrivent sur le marché permettent l’éradication du virus chez neuf patients sur dix. Mais Jean-François Delfraissy pose la question qui fâche: qu’en est-il des formes avancées de la maladie hépatique? Une cirrhose ou un cancer du foie peuvent-ils régresser? Quant au prix jugé «faramineux» par Jean-François Delfraissy (on évoque la somme de 50.000 euros pour 12 semaines) du dernier médicament en date, le sofosbuvir, le laboratoire Gilead a proposé un tarif différencié pour les pays du Sud (à 2000$ pour 12 semaines). La mobilisation des malades du sida pour les génériques il y a 15 ans semble avoir fait des émules.

COMMENT DIMINUER LE NOMBRE DE CONTAMINATIONS CHEZ LES GAYS?
Dernier intervenant de cette conférence de presse, Éric Delaporte (site ANRS au Cameroun) a retenu de la Croi des données le traitement comme outil de prévention. Le Pr britannique Andrew Philipps s’est interrogé sur la persistance des nouvelles infections chez les gays au Royaume-Uni (mais c’est la même chose dans les autres pays développés). Selon sa recherche, environ 60% des gays séropositifs sont traités et ont une charge virale indétectable. Mais le nombre de nouvelles infections reste très élevé. Car dans le même temps, les pratiques à risque ont augmenté. Selon lui, il faudrait accentuer les efforts estimé qu’il faudrait que 90% des séropositifs soient traités efficacement pour que faire baisser le nombre de nouveaux cas chez les gays.
Un plaidoyer pour que le dépistage et le traitements soient encouragés.