Il y a maintenant plusieurs mois que la chanteuse GiedRé, spécialiste des chansons «sans censure ni frein», a sorti La Belle au bois, un morceau racontant l’histoire d’une prostituée trans’ brésilienne qui viole un homme avant que celui-ci ne l’assassine dans un bois.

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Pour l’artiste qui rit aussi bien des handicaps que de l’affaire Courjault, cette chanson est une expression de son humour noir: «Pour moi, trans’ ou pas trans’, je m’en fous, indique-t-elle à Yagg. Cette chanson, c’est l’histoire d’un viol et la personne violée se venge par un meurtre.» Dans la communauté trans’, on voit les choses sous un autre angle, rapporte le blog TXY. L’association Acceptess-T a d’ailleurs fait parvenir un courrier à GiedRé pour exprimer son indignation.

DIALOGUE
«On était passé.e.s à côté de cette chanson, explique Giovanna Rincon, présidente d’Acceptess-T, mais en ce moment sur les questions liées au genre, il y a une vraie montée des tensions. Ce n’est pas de la susceptibilité, mais dans ce morceau, il y a une caricature ridicule et obsolète de la transidentité qui fait qu’on se sent outragé.e.s. On voit que GiedRé souhaite remettre en question la façon dont les gens voient les trans’, mais ça les ridiculise, il n’y a pas de pédagogie, juste des stéréotypes. Cette chanson n’est pas nocive en soi, mais légitime le ridicule dont nous sommes victimes aujourd’hui.» «J’ai bien reçu leur très longue lettre et je préfèrerais discuter de vive voix pour éviter les malentendus qu’il peut y avoir à l’écrit», confie GiedRé. Elle a donc convié des membres d’Acceptess-T à son concert parisien à l’Olympia ce jeudi 6 mars et elle souhaite les rencontrer pour une discussion une fois sa tournée – «tournante», en langage GiedRé – terminée.

Giovanna Rincon se réjouit de voir autant de bonne volonté de la part de GiedRé et compte se rendre au concert en arborant un t-shirt contre la transphobie. «Pas par provocation, précise-t-elle, mais par militantisme. On a conscience qu’elle n’est pas transphobe et on ne veut pas interférer dans son concert, mais on conteste sa volonté de faire de la provocation pour faire avancer les choses alors qu’il s’agit de questions sensibles. On est rassuré.e.s qu’elle soit aussi ouverte au dialogue. On veut lui faire comprendre que la question trans’ a été réduite aux parties génitales et qu’il faudrait parler de notre identité en tant qu’individus avec une histoire et un parcours. Il faut beaucoup de respect pour faire avancer la cause des trans’, que ce soit dans les chansons, au théâtre ou dans les médias, il faut une pédagogie respectueuse plutôt qu’une caricature facile.»

«L’HUMOUR EST LA MEILLEURE ARME»
Pour GiedRé, opérer des distinctions entre les thématiques sensibles et d’autres irait toutefois à l’encontre de son approche artistique: «Soit on parle de tout et on rit de tout, soit on ne parle de rien et on ne rit de rien, se défend-elle. Il n’y a pas de leur part de rejet total de mon travail puisque d’autres chansons leur ont plu, mais j’ai l’impression qu’elles aiment bien mes chansons sauf quand ça les concerne. Peut-être que je suis très optimiste, mais je ne prends pas pour des cons les gens qui m’écoutent. Je pars du principe qu’ils comprendront le degré de lecture et je pense que l’humour est la meilleure arme. Dans cette chanson, il est question d’une personne, pas de la communauté trans’ ni d’un groupe. Et c’est une figure de style de jouer sur les clichés pour les tourner en ridicule.»

«J’ai beaucoup écrit sur le handicap, rappelle la chanteuse, et les réactions que j’ai reçues ont permis de faire avancer les choses. J’ai rencontré une association sur la sexualité et le handicap et je suis devenue marraine du festival Handicaps, sexe et sexualités, par exemple. Mais c’est la première fois que je reçois ce type de lettre et je me suis dit « mince, mon travail est mal compris ». Ma pensée profonde, c’est qu’on ne parle pas assez de beaucoup de sujets, dont les trans’, et j’ai écrit cette chanson parce que quand on se moque de tout le monde, tout le monde est à égalité.» Giovanna Rincon semble sur la même longueur d’onde puisqu’elle souhaite parvenir à une action «pédagogique», notamment à l’égard de fans de GiedRé qui ont réagi avec «des propos déplacés» pour défendre la chanteuse. «J’attends avec impatience de les rencontrer parce que dans un monde idéal, on pourrait faire des trucs ensemble, quelque chose de positif», espère GiedRé.

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