[Mise à jour, 18h18] Réaction de Drissa Traoré, vice-président de la Fédération internationale des droits de l’homme.
Comme ses prédécesseurs, François Hollande multiplie les visites à l’étranger, se posant en VRP de la France. Parfois accompagné de chefs d’entreprise, il «vend» à ses interlocuteurs la maison France, son savoir-faire, ses produits d’excellence (dont l’armement).

Ces deux derniers mois, parmi tous ses déplacements, Yagg a pu constater que beaucoup l’ont conduit dans des pays qui figurent au palmarès des moins bien notés en matière de droits des homosexuel.le.s: l’Arabie Saoudite le 29 décembre, la Turquie le 27 janvier, la Tunisie le 7 février et aujourd’hui le Nigéria. Ce dernier vient d’aggraver les peines encourues par les homosexuels. Le Président Goodluck Jonathan a en effet signé en secret en janvier dernier une loi particulièrement sévère: elle punit de 14 ans de prison les couples de même sexe qui se marient. Par ailleurs, une peine de 10 ans peut être infligée aux couples homosexuels qui affichent leur relation amoureuse et aux personnes membres d’organisations «pour homosexuels». Mais François Hollande, qui doit rester moins de 24 heures dans le pays le plus peuplé d’Afrique, y parlera-t-il droits humains et droits LGBT?

Le 29 décembre, François Hollande se rend en Arabie Saoudite. Des peines de prison, la lapidation voire la mort sont réservé aux homosexuels et ces dernières années, des arrestations massives d’homosexuels ont eu lieu dans le pays. Mais lors de sa visite, qui n’a pas d’ailleurs pas eu le succès escompté au niveau commercial, il n’a pas été question non plus de la défense des droits des LGBT.
Un mois plus tard, en Turquie, silence radio sur cette question y compris durant la conférence de presse du 27 janvier avec son homologue turc.

En Tunisie, les relations homosexuelles sont passibles de la prison, jusqu’à 10 années d’emprisonnement. Mais dans ce pays, François Hollande, venu saluer l’adoption de la nouvelle constitution, certes plus libérale, ne mentionne à aucun moment cet aspect des droits humains dans son discours du 7 février 2014.

Début décembre, le Président avait une opportunité d’aborder cette question devant tous les chefs d’Etat africains ou presque. Mais au Sommet de l’Élysée pour la Paix et la Sécurité en Afrique, le 6 décembre 2013, sécurité, économie et réchauffement climatique sont les trois sujets de discussion si l’on en croit les informations disponibles sur le site de l’Elysée. François Hollande laisse à Valérie Trierweiler le soin d’organiser une conférence sur les violences faites aux femmes dans les conflits. Tout juste peut-on lire dans son discours devant les chefs d’Etat et de gouvernement africain cette phrase: «C’est la démocratie, ce sont les droits de l’Homme qui constituent les meilleures armes pour la stabilité et la sécurité.» Parmi les 54 pays qui composent le continent, les relations entre personnes de même sexe sont passible de peines de prison, voire de la peine de mort (Soudan, Mauritanie) comme le rappelle l’hebdomadaire Jeune Afrique dans son numéro consacré à l’homophobie en Afrique (2-8 février 2014).

Pourtant, peu après son élection à la présidence de la République, François Hollande avait montré que cette question semblait lui tenir à cœur. Lors de son discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 25 septembre 2012, il lançait un appel pour la dépénalisation universelle de l’homosexualité. Depuis ce discours, la realpolitik a semble-t-il repris le dessus.

Dans un entretien au Monde, Drissa Traoré, vice-président de la Fédération internationale des droits de l’homme a déclaré sur la question de l’homosexualité au Nigéria: «On espère que le président François Hollande rappelera la position de la France sur cette question. Mais il n’est pas question de demander au Nigeria d’adopter, comme en France, une loi autorisant le mariage homosexuel. Le président Hollande doit être dans une démarche didactique et inviter le Nigeria à ne pas criminaliser l’homosexualité.»