Janvier 2014. La loi sur le mariage est promulguée depuis plus de 7 mois déjà. Guillaume Lecaplain, journaliste à Nantes, a envie de faire parler celles et ceux qui se sont battus pour que cette loi existe. Aujourd’hui, il lance un site dédié à son documentaire fait avec les moyens du bord, mais qui, à froid, redonne la parole aux LGBT sur une période incroyable de leur histoire récente. Pour Yagg, Guillaume explique ses motivations.

Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser ce documentaire?
guillaume-lecaplain-un -combat-pour-tousJ’ai réalisé ce petit documentaire d’abord parce que je considère que ce qu’on a vécu en 2012-2013, cette période du «Mariage pour tous», a été très particulière. Jamais on a autant parlé d’homosexualité partout, à la télé, aux machines à café, dans la rue. On a vu des choses inédites, comme la droite catholique défiler en masse, des gays et des lesbiennes sortir dans la rue pour défendre leurs droits. Tout cela, c’était historique! Cela m’intéressait de revenir dessus, un an après, mais avec un angle particulier: celui de donner – enfin– la parole aux homos et à leurs proches. Car si l’homosexualité est devenue alors le sujet de société le plus débattu, les homos eux-mêmes ont été les grands oubliés du débat. On a entendu les évêques, la droite, les députés, les ministres, les psychologues et sociologues, les journalistes… mais pas les homos, pourtant les plus concernés. D’autant que le débat a libéré une parole homophobe. Et j’estime que les médias l’ont même légitimée. Tout cela a réveillé une douleur, la douleur de la différence et du rejet. J’avais envie de parler de ça.

Comment avez-vous choisi les personnes interviewées? Sont-elles et ils tous de Nantes?
Je me suis pas mal mobilisé durant cette période, du coup j’ai trouvé mes témoins parmi les gens qui ont défilé avec moi. Tous sont des Nantais.e.s ou des anciens Nantais.e.s désormais exilé.e.s à Paris. Quelques uns font partie du collectif nantais des Dures à Queer, un des collectifs qui a été le plus à la pointe de la mobilisation l’année dernière, et qui a su souvent trouver le ton juste pour défendre l’égalité et répondre aux réacs de tous poils.

De quels moyens avez-vous disposé pour réaliser ce documentaire et le site ?
Actuellement je suis pigiste. C’est un joli euphémisme pour dire journaliste précaire. Du coup, mes moyens ont été plutôt réduits. J’ai emprunté une caméra, enregistré le son avec mon téléphone. Mon budget s’élève en gros à 6,50 euros, c’est le prix de la boîte à musique que j’ai achetée exprès pour le générique de fin. Avec les nouvelles technologies, on a la chance d’avoir une grande possibilité de dire des choses et de les diffuser. Tout est accessible et quasi gratuit! Je voulais m’emparer de cette possibilité. Pour uncombatpourtous.com, j’ai développé le site d’après une maquette déjà existante, que j’ai adaptée. Un ami, Philippe, qui témoigne d’ailleurs dans le film, m’a beaucoup aidé. Professionnellement c’était riche d’apprendre ça, le montage d’un film relativement long et la construction d’un site. De ce côté-là aussi cela a représenté pour moi un combat!

 
Le documentaire de Guillaume Lecaplain:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Un combat pour tous.

Photo de Guillaume Alcarr Iceol