Dans l’émission d’Europe 1 Il n’y en a pas deux comme Elle, diffusée dimanche midi, le coming-out d’Ellen Page a fait parler les journalistes du magazine ELLE réuni.e.s autour de Marion Ruggieri et de Catherine Nay (à partir de 11’50):

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LA CASE CONFESSION
En introduction, Florence Ben Sadoun revient sur ce témoignage «très émouvant»: «On lui prêtait une relation avec Alexander Skarsgård, En fait elle est 100% gay, contrairement à d’autres acteurs qui, eux, s’avouent bi, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.» La journaliste compare le coming-out de l’actrice avec d’autres: «On a vu Jodie Foster, on a vu Cara Delevingne… Y’en a où c’est léger, y’en a où c’est pas léger du tout, parce que cette jeune femme souffre dans son corps et dans sa vie de ne pas pouvoir dire au monde: « est ce que je peux continuer à être actrice et être gay? »» Une autre journaliste prend le relais en analysant le rituel du coming-out outre-Atlantique: «Aux États-Unis, il faut en passer par la case confession. Hollywood reste une machine à rêves, et être gay ça ne fait rêver personne, lance-t-elle, catégorique. Jodie Foster a mis très très longtemps à avouer que l’homme de sa vie était une femme avec qui elle a vécu vingt ans. Tout ça passe par un cérémonial, à Hollywood, on passe à confesse, être homo à Hollywood, c’est considéré comme un péché, comme pour l’adultère. On avoue, on demande pardon, on cherche l’absolution, c’est un peu ce qu’a fait Ellen Page pour essayer d’aller mieux.»

BERTRAND DELANOË SURNOMMÉ «NOTRE-DAME DE PARIS»
Catherine Nay offre son point de vue: «Je pense que les hétéros ne sont pas en demande de cette confession, mais je pense que c’est très important pour ceux qui la font, parce que ça les délivre d’un poids et ça les libère. Je pense que cette jeune actrice va se sentir mieux parce que c’est quelque chose qui lui pesait.» Et le coming-out en politique, qu’en est-il? «Il y a eu quelques outing (sic), il y a eu le maire de Paris. D’ailleurs je pense que ça a été pour lui très dur à faire et je pense aussi que ça l’a privé d’une carrière. Ça, j’en suis sûr. On se moquait de lui, on l’appelait Notre-Dame de Paris, il y a eu beaucoup de quolibets. Est-ce que la France est prête à avoir un candidat à la présidentielle qui soit ouvertement gay, je ne sais pas. Pour certains, ça ne pose aucun problème, mais je pense que ça lui en a plus posé, à lui. C’est affronter le regard de l’autre qui est difficile.» «Il y a très peu de femmes qui osent le dire», intervient Marion Ruggieri. «Parce que malgré tout je pense que c’est une souffrance pour ceux qui sont gays, profondément.», lui répond Catherine Nay, se référant à des lectures du début du XXe siècle comme Le Puits de solitude!

ÊTRE BI, UNE PROVOC’ ÉGALE A DU «VIEUX MADONNA»
Edouard Dutour explique ensuite pourquoi être bi.e est devenu le comble de la branchitude et une aubaine en terme de plan com’: le clip «sappho-pipeau» de Rihanna et Shakira, le couple Michelle Rodriguez-Cara Delevingne «bidon», Emma De Caunes, Enora Malagré et Marie de Villepin, ces filles qui se disent bi pour être «cools», tout le monde en prend pour son grade. Car pour Edouard Dutour, c’est tout simplement du «vieux Madonna». Et chez les garçons? «C’est pas cool, c’est pédé», s’esclaffe le chroniqueur, et toutes les chroniqueuses, avant de citer deux exemples… finalement assez peu pertinents: le comédien Guillaume Gallienne «qui a fait un film pour montrer à quel point il était hétéro pour finir par dire qu’il se taperait bien toute une caserne» et Jared Leto, «ce garçon d’une beauté incroyable, qui joue un travesti en ce moment.» Bien entendu, personne n’a signalé que l’acteur interprétait une femme trans’ dans Dallas Buyers Club, et que ce rôle ne faisait pas non plus office de coming-out bi…

Photos Clément Bucco-Lechat (Bertrand Delanoë) / Jamie McGregor Smith (Cara Delevingne) / © Anne Marie Fox (Jared Leto)