Les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi se terminent ce soir. Côté performance, la Russie a pris la tête du classement, avec 33 médailles au compteur. Pour le reste, ces JO auront été marqués par l’avalanche de commentaires sexistes des commentateurs de France Télévisions, et son lot d’anecdotes cocasses rapportées par les journalistes sur place, des toilettes biplaces jusqu’aux loups en liberté dans les hôtels (ah non, ça c’était une blague de Jimmy Kimmel!). Petit récapitulatif de ces derniers jours à Sotchi:

6 MÉDAILLES POUR LES ATHLÈTES LGBT
Les sept sportives out ont à elles seules remporté six médailles au total, cinq pour la patineuse de vitesse Ireen Wüst (trois en argent, deux en or) et une d’argent pour la sauteuse à ski Daniela Iraschko-Stolz. De son côté, la snowboardeuse australienne Belle Brockhoff a atteint la 8e place du classement lors de son épreuve, tandis que la slovène Barbara Jezeršek est arrivée 11e au ski de fond. Les néerlandaises Sanne Van Kerkhof (patinage de vitesse) et Cheryl Maas (snowboardeuse) n’auront pas dépassé les demies-finales. Anastasia Bucsis est enfin arrivée 28e lors de son épreuve de patinage. Au vu du classement général des nations, l’équipe des athlètes LGBT arriverait à la 16e place, devant la Finlande, le Japon et la Grande-Bretagne.

Pour Marc Naimark, vice-président de la fédération des Gay Games, être out permettrait aux athlètes LGBT d’être plus performant dans leur discipline: «Les pays qui excluent les LGBT de certaines activités, y compris le sport, se tirent une balle dans le pied. Tou.t.e.s les athlètes dont j’ai entendu qu’ils/elles avaient fait leur coming-out, disent que leurs performances se sont améliorées. Et à Sotchi, alors que des gens s’inquiètent et subissent des pressions, je crois que les inquiétudes que subissent ceux/celles qui ne sont pas out sont d’autant plus grandes. On dit que sur le lieu de travail, une femme qui atteint le même niveau qu’un homme est souvent bien plus compétente à cause des défis qu’elle a surmonté. Je crois que c’est peut-être vrai pour les athlètes homos. Atteindre le niveau le plus haut nécessite quelque chose de spécial.»

DES RUBANS NOIRS AU DRAPEAU UKRAINIEN
Plusieurs athlètes ukrainien.ne.s ont quitté la compétition olympique cette semaine, en raison des événements dramatiques à Kiev. Marina Lisogor et Katerina Serdiouk n’ont pas participé aux demi-finales du cross-country et Bodgana Matsotska n’a pas disputé le slalom. «Nous sommes choqués par les événements qui ont eu lieu hier (mardi) à Kiev, avait indiqué le comité national olympique ukrainien présidé par l’ancien perchiste Serguei Bubka, membre du CIO et ancien député du parti des Régions du président ukrainien Viktor Ianoukovitch. Nous pensons à nos familles et à ceux qui nous sont chers chez nous, en Ukraine, et nous ferons tout pour les honorer sur les terrains de compétition, à Sotchi. Nous sommes en deuil et exprimons nos sincères condoléances après la mort de nos compatriotes.» Des rubans noirs ont été accrochés aux drapeaux ukrainiens du village olympique.

PUSSY RIOT ET VLADIMIR LUXURIA DANS LE VISEUR DES AUTORITÉS
Coup d’éclat pour le groupe Pussy Riot qui ont défié le gouvernement russe en tournant à Sotchi une nouvelle vidéo, Poutine va t’apprendre comment aimer. Les images des militantes en train de se faire fouetter par un membre de la milice cosaque ont fait le tour du monde. Elles ont par ailleurs été arrêtées à plusieurs reprises par les autorités. La militante trans’ italienne Vladimir Luxuria a elle aussi fait parler d’elle, pour avoir notamment manifesté vêtue d’une robe aux couleurs de l’arc-en-ciel sur le site olympique. Arrêtée par les autorités, elle a dû quitter le territoire russe.

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«J’ESPÈRE QUE LE CIO REGARDERA LA DISCRIMINATION»
Si la championne de tennis américaine Billie Jean King n’avait pas pu être présente lors de la cérémonie d’ouverture, elle sera avec la délégation américaine ce soir. Interviewée par la BBC, la sportive très engagée pour l’égalité des droits a affirmé qu’elle espère que les prochains JO seront attribués à des villes respectueuses des droits humains: «Avec un peu de chance, Thomas Bach et le CIO y réfléchiront la prochaine fois qu’ils feront un appel d’offres – j’espère qu’ils regarderont la discrimination avec attention. Mais aucun pays n’est parfait. L’Amérique ne l’est pas évidemment.»

UN EX-HOMOPHOBE SPONSORISÉ PAR UN BAR GAY
Le canadien Denny Morrison, médaillé de bronze en patinage de vitesse, a parlé lors d’une interview d’un de ses sponsors, le Twisted Element, un bar gay. Un choix surprenant pour ce sportif de 28 ans, dont le comportement est loin d’avoir toujours été exemplaire: «J’ai grandi dans une petite ville où on m’a embêté à propos de mon sport, le fait d’être patineur, de porter une combinaison, on m’a donné des surnoms et on a insinué que j’étais homo. Avec le recul, c’est en partie cela qui m’a poussé à prouver que je n’étais pas gay en me comportant mal avec les homos. J’ai appris et j’ai grandi depuis, particulièrement en entendant l’histoire des gens… et ça m’est revenu, « Wow, je me suis mal comporté avant » […] Je me sens mal à cause de ça. Je me rends compte à quel point c’était ridicule. Voilà pourquoi je trouve ça super que ce club gay me soutienne.»

JOHNNY WEIR, CHEERLEADER
Durant son séjour à Sotchi, le patineur ouvertement gay Johnny Weir en a profité pour rencontrer des militant.e.s LGBT russes. Interviewé par The Advocate avec la patineuse Tara Lipinski, il a réitéré son soutien sans faille à la communauté LGBT, tout en rappelant qu’il avait encouragé la tenue de ces Jeux en Russie. Il a notamment fait part de son admiration pour le groupe Pussy Riot: «C’est un groupe remarquable, et elles essaient de résister, mais les Jeux ne sont pas l’endroit pour faire des déclarations politiques. Je me suis fait pom-pom boy pour les Jeux olympiques, et pom-pom boy pour la culture russe, et pour le peuple russe, particulièrement depuis que cette loi anti-gay sur la propagande a été instaurée, et les Jeux se sont passés formidablement bien. Et je suis tellement heureux de pouvoir être là pour montrer à la communauté LGBT russe que je suis avez elle. Je suis là.»

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Photos Sasha Krotov (Denny Morrison) / M. Smelter (Ireen Wüst) / DR