[mise à jour, 16h40] Réaction de l’Association nationale transgenre (ANT)

Le 13 février dernier, Facebook annonçait la possibilité pour ses utilisateurs et utilisatrices de choisir parmi plus d’une cinquantaine d’identités de genre différentes pour leur profil. Une façon de s’adapter à la réalité des personnes trans’, queer et intersexes pour qu’elles puissent se définir de la façon qui leur correspond le mieux, autre que la classification binaire homme-femme. Pour le moment, ce nouveau paramètre n’existe qu’aux Etats-Unis mais sera étendu prochainement dans tous les pays où Facebook est accessible. Le réseau social a travaillé avec la Gay & Lesbian Alliance Against Defamation (Glaad) pour réaliser cette avancée.

«UNE QUESTION QUI M’EST CHÈRE»
«Il va y avoir beaucoup de gens pour qui cela ne signifie rien du tout, mais pour quelques un.e.s, ça a un impact, ça veut tout dire», assure Brielle Harrison une ingénieure, elle-même trans’, qui a travaillé sur ce projet. Interviewée sur le site Afterellen, elle explique comment cette avancée est aussi liée à sa propre expérience: «C’est une question qui existe depuis un certain temps. Je suis nouvelle à Facebook, et aussi sur ce projet. J’y suis arrivée tout récemment pour faire ce que je pouvais pour apporter mon aide. C’est une question qui m’est chère et elle est très cohérente avec ma vie. […] J’ai changé mes paramètres de « femme » à « femme trans' ». Depuis que j’ai rejoint l’entreprise, j’ai finalement été capable d’être fidèle à chaque aspect de ma vie. C’est quelque chose avec lequel je n’allais pas faire de compromis. Je veux que les gens sachent qui je suis. Et je veux aider les gens qui sont comme moi, pour qu’ils puissent sortir de l’ombre dans laquelle d’autres personnes trans’ ont été, à la fois mentalement et physiquement.»

RESPECTER ET ÊTRE A L’ÉCOUTE
Sara Sperling fait partie du pôle Diversité et Inclusion chez Facebook: «Mon rôle a été de m’assurer que le projet avance et nous avions les bons partenaires impliqué.e.s. Il y avait un grand nombre de personnes. Je ne m’occupais vraiment pas de la technique, mais j’ai aidé à ce que le navire reste à flots, et à ce que tout le monde garde bien le projet en tête.» Si le nouveau paramètre de l’identité de genre n’est pas encore disponible en France, il s’agit avant tout d’une volonté de ne pas bâcler le travail, comme l’explique Brielle Harrison: «Je pense que ce serait injuste si nous traduisions tout simplement les termes sans faire attention à la façon dont les personnes trans’ ou qui ont un genre non-conforme, le perçoivent et l’appellent dans leurs langues dans différents pays. Il y a beaucoup de différences culturelles où que l’on aille, même d’Etat à Etat, sans parler de pays à pays. On veut être certain.e.s de le faire comme il faut.» Sans compter que les termes actuels pour définir son identité de genre sont loin d’être figés: «Même avec la liste des cinquante termes, il va y en avoir que nous allons devoir ajouter dans les versions futures, assure Sara Sperling. Alors, sollicitez-nous. Envoyez-nous vos retours.»

«CASSER LES IDÉES REÇUES ET LES PRÉJUGÉS»
En France, l’Association nationale transgenre salue l’«initiative symbolique» de Facebook, qui au premier abord, paraît «anecdotique», mais révèle, selon elle, que la diversité des identités de genre commence à être davantage respectée outre-Atlantique… mais toujours pas en France: «La volonté de Facebook (USA) de respecter la liberté élémentaire de pouvoir se définir soi-même ressemble, pour des personnes souvent menacées et insultées – y compris dans de nombreux médias – à du respect. Ce respect que le monde anglo-saxon témoigne à l’égard des minorités restera incompréhensible aux transphobes dont l’anti-américanisme primaire moque systématiquement tout ce qui vient des États-Unis (à commencer par la réflexion sur le genre!), attitude significative d’une grave ignorance culturelle, et d’une vision étroitement franco-française. Ce signe de respect que donne Facebook, média jeune par excellence, à la communauté transgenre (et au-delà à tous les êtres humains !) montre que les nouvelles générations et les nouvelles technologies, parfois si décriées par les gouvernements français successifs, ont le mérite de casser les idées reçues et les préjugés.»

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