La très controversée loi 2153 a été approuvée hier, jeudi 20 février, par 33 voix contre 27, par la Chambre des représentants. Comme celle qui a été finalement repoussée au Kansas jeudi 13 février, elle permet aux services et aux entreprises de refuser de servir les personnes homos ou bisexuelles et les couples de même sexe, lorsque cela va à l’encontre de leurs principes religieux. Seront protégé.e.s au nom du libre exercice de leur religion «tout individu, association, partenariat, corporation, église, assemblée ou institution religieuse ou organisation entrepreneuriale». Tout comme au Kansas, la proposition a clivé les parlementaires, les Démocrates s’opposant à cette loi et les Républicain.e.s y étant majoritairement favorables. La décision a satisfait les conservateurs/trices: «Le législateur de l’Arizona a envoyé un message clair aujourd’hui: dans notre État tout le monde est libre de vivre et de travailler en accord avec sa foi», a déclaré Cathi Herrod, présidente du l’organisation conservatrice Center for Arizona Policy, qui a aidé à rédiger la loi.

«NO GAYS ALLOWED»
Si les militant.e.s LGBT du Kansas avaient critiqué le manque d’énergie des démocrates lors des débats, les démocrates en Arizona ont été plus virulent.e.s à la Chambre des représentants: «Si vous êtes homo, ne venez pas en Arizona. C’est le message que nous envoyons à la nation, a affirmé Chad Campbell lors de son discours. C’est une attaque directe à un certain groupe de personnes, la communauté LGBT.» La représentante Victoria Steele a notamment cité le très célèbre poème de Martin Niemöller. Seul parlementaire ouvertement gay, Demion Clinco a aussi fait part de sa colère: «Je ne crois pas que nous méritions une telle loi où que ce soit dans le pays. C’est blessant personnellement pour moi, c’est blessant pour la communauté LGBT.» Enfin le représentant Ruben Gallego n’a pas hésité à brandir au-dessus de sa tête une pancarte où figurait en gros l’inscription «No Gays Allowed» (Interdit aux homos), pour rappeler que cette loi équivaudrait finalement à autoriser ce message. D’un point de vue économique, les démocrates n’ont pas manqué de faire remarquer que le passage d’une telle loi serait une erreur stratégique pour l’Arizona, notamment parce que l’État accueillera le Super Bowl l’an prochain. «Ce que cette loi fait, c’est autoriser les individus et les entreprises à user de la religion pour discriminer, ce qui envoie le message que l’Arizona est intolérant et inhospitalier», critique Alessandra Soler, directrice exécutive de l’American Civil Liberties Union (ACLU) de l’Arizona.

CINQ JOURS POUR SIGNER
Maintenant que la Chambre des représentants a approuvé la loi, il appartient à la gouverneure républicaine Jan Brewer de la promulguer. Elle dispose de cinq jours pour la signer ou faire valoir son droit de veto. Dans l’Arizona, l’interdiction du mariage entre personnes de même sexe a été approuvé par référendum en 2008. Ailleurs aux États-Unis, le Sénat de l’État du Maine a rejeté une loi similaire aujourd’hui à 89 voix contre 52, au grand soulagement des militant.e.s LGBT. «Cette loi aurait ébranlé celles sur le mariage et sur les crimes de haine, insiste Ian Grady, porte-parole d’Equality Maine. Cette législation était une solution à un problème qui n’existe pas.» À croire qu’une menace plane jusque dans les États les plus avancés en matière d’égalité.

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