Le doctorant québécois Alban Ketelbuters s’est penché sur les liens qui unissent l’opposition au mariage pour tous et les réactions violentes à l’enseignement de l’égalité dans les écoles en France.

Selon lui, les manifestations de l’an dernier contre l’ouverture du mariage ont révélé la «fracture entre une France progressiste et une France réactionnaire, avec une résurgence du pétainisme, l’apologie d’une vision passéiste de la famille (excluant de fait les familles monoparentales, homoparentales ou recomposées), et l’émergence d’un catholicisme traditionaliste militant». Il explique ensuite qu’elles mettent en lumière une querelle dont les racines sont profondes, «un débat ancien opposant deux visions du monde irréconciliables: l’une culturaliste, l’autre naturaliste»: «Si la réalité n’est jamais manichéenne et n’oppose pas deux blocs monolithiques, elle laisse toutefois entrevoir une véritable dichotomie entre ceux qui considèrent que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » (Article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789), intellectuellement fidèles aux idéaux révolutionnaires et républicains, et ceux qui exploitent l’origine ethnique, la religion ou l’orientation sexuelle pour perpétuer des injustices qui n’ont rien de naturel.»

Extraits:

«La haine du « genre » est proportionnelle à l’incompréhension suscitée par cette célèbre phrase de Simone de Beauvoir: « On ne nait pas femme, on le devient ». Julia Kristeva, dans son dernier essai Pulsions du temps, rappelle à juste titre que l’auteure du Deuxième sexe « est l’héritière de ce que la philosophie grecque, la théologie chrétienne et la philosophie moderne à leur suite ont de plus précieux: le culte de l’individu libre, du sujet conquérant de soi-même et du monde dans et par sa volonté, dont l’auteur ne doute pas qu’elle est universelle ». Cette aversion portée par des mouvements conservateurs et d’extrême droite est aussi la marque d’un anti-intellectualisme frénétique. La déscolarisation des enfants, prônée par ce Tea Party à la française, se fonde sur une contestation plus générale de la transmission des savoirs et sur la détestation de l’intelligentsia, des professeurs, de l’école et du monde universitaire.»

«Ce ne sont pas les familles homoparentales, le mariage des personnes de même sexe, les modes de procréation non traditionnels ou les études sur le genre qui anéantissent familles et enfants. Comme le rappelle l’historienne de la psychanalyse Élisabeth Roudinesco, « le premier malheur d’un enfant est la misère économique. Ce qui détruit une famille, c’est avant tout le chômage, la pauvreté, l’alcoolisme, la violence, les inégalités: ce que disait Victor Hugo dans Les Misérables est d’actualité ».»

À lire sur le Huffington Post.

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