Les associations LGBT marseillaises sont-elles condamnées aux querelles de clochers, qui ont conduit à l’échec cuisant de l’organisation de l’EuroPride en juillet 2013? On pourrait le penser aux vues de l’histoire des différentes associations déjà divisées lors des marches des fiertés en 2010 et en 2012. Pourtant, une nouvelle volonté d’unité semble émerger après les déboires de l’été dernier.

Mercredi 12 février, plus d’une trentaine de structures associatives lesbiennes, gays, bi.e.s et trans’ de la ville ont adressé leurs 12 propositions d’engagement à l’ensemble des candidat.e.s aux élections municipales, qui se tiendront les 23 et 30 mars, «pour que Marseille devienne une ville plus inclusive». Un rassemblement large, au-delà des clivages politiques et confessionnels, construit depuis septembre 2013 à l’initiative d’associations et de commerçants dont le collectif IDEM (Identités-Diversité-Egalité-Méditérannée) et qui réunit les principales personnalités de la vie LGBT marseillaise.

«Il faut revenir à la situation post-EuroPride, où il y a eu une urgence à retrouver une parole collective, soulève Philippe Murcia, président du collectif IDEM. Les associations s’étaient beaucoup divisées. En septembre 2013, on a rendu public un communiqué pour faire le bilan de l’EuroPride et relancer la dynamique inter-associative car des dossiers importants approchaient: les élections municipales et européennes de 2014», poursuit-il.

«Mutualiser les forces», «réapprendre à travailler ensemble», «un appétit de dialogue»… tels sont les leitmotivs dans la bouche des différent.e.s représentant.e.s interrogé.e.s sur le processus de dialogue inter-associatif mené depuis l’automne. «Se mettre d’accord autour d’une table, cela suppose mettre en avant des préoccupations en commun, pour voir ce qui est le mieux pour les personnes LGBT à Marseille», ajoute Philippe Murcia.

«Des assos nous ont rejoint.e.s au fur-et-à-mesure. Ce qui est important, c’est de mettre en place des règles communes de transparence, du respect des contributions de chacun.e. Trois associations spirituelles nous ont rejoint.e.s, c’est important que ces assos aient leur place pour interroger les dogmes de leur propre religion», souligne le président du collectif IDEM en référence à Beit Haverim, l’association des personnes LGBT juive, Homosexuel.le. s Musulman.e.s de France et David & Jonathan, pour les chrétiens.

Karine Espineira de l’Observatoire des Transidentités, membre du collectif IDEM, pose le même constat: «On connaît les dégâts à la suite de tout ce qui s’est passé cet été et le collectif IDEM travaille de plein pied pour fédérer cette plateforme. Elle est d’autant plus importante qu’elle permet de montrer qu’il n’y pas que des gays à Marseille. C’est pour ça qu’on se retrouve dans ce travail associatif respectueux.» Des avancées saluées par Christophe Léger, co-délégué de SOS homophobie en région PACA, qui montrent qu’«une vraie dynamique inter-associative» est possible. Les communiqués pour la future marche des fiertés au printemps portent la marque de ce dialogue, et un planning de réunion a été établi jusqu’en juillet 2014, précise-t-il.

«Combien de temps ça va durer? Je ne suis pas Madame Irma, mais il y a des choses positives qui se mettent en place», observe Christophe Léger.

UNE VILLE PLUS INCLUSIVE POUR LES LGBT
Fruit de ce travail commun mené par un groupe d’une dizaine de personnes issues de la trentaine d’associations, la plateforme des 12 engagements est un questionnaire présenté comme une feuille de route que chaque candidat.e peut s’engager à suivre lors de la prochaine mandature. «On a croisé tout un tas de documents pour produire ce questionnaire à la fois ancré dans la réalité marseillaise, mais aussi dans un contexte national particulier», précise Philippe Murcia du collectif IDEM.

Au départ, un constat assez simple: la cité phocéenne n’est pas la ville la plus friendly de France, malgré le très gros travail fourni par les associations dont SOS homophobie sur le terrain. La région PACA est notamment la deuxième région qui reçoit le plus de témoignages après Rhône-Alpes (chiffres 2012), et les Bouches-du-Rhône sont classées quatrième au niveau des départements. Ce qui ne veut pas dire que Marseille est plus homophobe.

«On n’a pas d’enquête précise territoriale, mais Marseille est placée en milieu de classement concernant la lutte contre l’homophobie. C’est une ville où le maire n’est pas engagé contrairement à Paris ou à Nice – pourtant de la même couleur politique. On pense que c’est important que le maire s’engage, il y a une nécessité de lutter contre les LGBTphobies», explique Philippe Murcia. Christophe Léger de SOS homophobie en PACA poursuit:

«Après la loi sur le mariage pour tous, on a été contacté par une mairie de secteur en off pour former ses personnels à l’accueil des couples LGBT, ce qui témoignage du manque d’infos qui viennent de la mairie centrale. Marseille a cette image de ville au franc parler, avec des injures homophobes: il faudrait rompre avec cette image.»

Le questionnaire qui se veut global et transversal touche tous les domaines de la politique municipale. Les réponses des candidat.e.s sont attendues avant le 28 février dernier. «À tous les niveaux, il est possible de faire quelque chose. On veut aller au-delà de la déclaration de principe et voir jusqu’où vont aller les candidat.e.s. Cela permet aussi de donner des informations objectives sur les engagements en faveur des personnes LGBT aux citoyen.ne.s que nous sommes», soutient le président du collectif IDEM.

Parmi les propositions phares, on retrouve l’idée d’un meilleur accueil à l’état civil, la nomination d’un.e adjoint.e à la diversité avec une équipe et un budget, la création d’un centre LGBT «pour construire une vraie visibilité» ou une vraie sensibilisation jusque sur les plages. «On ne peut pas imaginer Marseille sans plages LGBT-friendly», fait remarquer Philippe Murcia.

Lors d’une conférence de presse mardi 11 février sur les questions, Patrick Menucci, candidat socialiste à la mairie de Marseille, a affirmé vouloir «rendre la ville plus gay-friendly» s’il était élu, en proposant, entre autres, l’ouverture d’un centre LGBT et la lutte contre toutes formes de discriminations au niveau municipal. Selon l’attachée de presse, les propositions faites par les 31 associations sont à l’étude. Un questionnaire similaire à destination des candidat.e.s à la mairie a été envoyé à Avignon par les associations de lutte contre l’homophobie sur place.

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