Qu’est-ce que tu as voulu transmettre de particulier dans ce deuxième album? Dans Un garçon au poil, ce qui a été très important, c’est de transmettre les valeurs d’amour et d’amitié, et de montrer que la frontière n’est pas toujours aussi claire. La plus grande histoire d’amour du personnage principal, on ne sait jamais trop si c’est son mec ou sa meilleure amie. Ils sont proches. Et puis, c’était de montrer qu’avec de l’amour, on arrive à tout surmonter.

Un garçon au poil illustre la conjugalité gay et hétérosexuelle. Est-ce que la vie de couple était un thème important pour toi? Le bouquin parle beaucoup d’amour et donc parle du couple. Ça m’était naturel de parler des deux, parce que je connais les deux. Je suis dans un couple avec un garçon. Mes amis, pour la plupart, sont hétéros et ils sont en couple. J’ai une meilleure amie aussi dans la vraie vie. Le bouquin n’est pas non plus sorti de nulle part, il est aussi inspiré de nos vies. C’était naturel de retranscrire tout ça.

Penses-tu qu’il existe une conjugalité gay et quelles seraient ses particularités? Je ne peux pas parler au nom des gays, je ne peux même pas parler au nom de qui que ce soit d’autre que moi-même. Je n’ai jamais été en couple avec une femme de manière longue, donc je ne peux pas vraiment comparer. Par contre, qu’ils soient garçons ou filles,  je ne pense jamais à mes amis en tant que garçon ou fille. Ce sont d’abord mes amis. Je n’ai pas d’a priori sur les gens par rapport à leur sexe, ni par rapport à leur sexualité.

Tu racontes aussi une histoire –ton histoire–, avec beaucoup de simplicité. Mais la vie de trentenaire gay parisien est-elle si simple? La mienne est un peu comme ça. Dans Les Petites Histoires viriles, mon livre précédent, on voit quand même que ça n’a pas toujours été facile. Oui, ma vie est simple. Après, j’ai de la chance et j’en ai conscience. C’est pour ça que je trouve l’amour précieux, qu’il faut le garder quand on l’a, car ce n’est pas simple de trouver quelqu’un qu’on aime.

Un garçon au poil s’inscrit aussi dans un contexte politique particulier : les débats sur le mariage pour tous. Comment as-tu vécu cette période? C’était un petit peu particulier parce que je tiens un blog assez lu, et parce que je dessinais des chroniques dans Têtu au même moment. Mon bouquin, qui était sorti pas très longtemps avant en parlait, et j’étais aussi en train de bosser sur Les Gens normaux, qui parle des identités lesbiennes, gays, bi.e.s, et trans, sorti chez Casterman en novembre. Donc j’étais plein feux sur l’actualité et c’était un peu atroce. Je recevais 10 à 20 mails par jour au plus fort des débats, de gens qui me disaient que j’étais un monstre et un «sale agent du lobby LGBT». C’est pour cette raison que ça c’est forcément invité dans le bouquin. Je ne suis pas ultra militant, mais j’essaye de faire ce que je peux pour des causes qui me paraissent justes : offrir un dessin, mettre un dessin aux enchères, aider dans une association en tant que bénévole. J’ai du mal à faire partie d’un groupe qui soit politisé, mais là c’était indispensable. On s’en est tous pris plein la tête. Il y a des gens qui même dans l’entourage proche ont eu des réactions trop étranges. Il fallait réagir, et ma manière à moi de réagir, c’est de le mettre dans un livre.

Est-ce que tu comptes garder cet aspect militant dans tes projets et livres futurs? Le livre, je ne l’ai pas voulu militant. J’ai voulu parler de ce que je connaissais: j’ai voulu donner ma réponse. Je n’ai pas un plan de carrière, je ne sais pas. Je n’ai pas l’impression d’être militant. Il y a un moment où on est juste obligé de dire ce qu’on pense. Si c’est ça le militantisme, j’ai toujours été militant, j’ai toujours dit ce que je pensais.

Tu étais à Angoulême il y a deux semaines. Qu’en retiens-tu? Angoulême, c’était super parce que c’est la première fois que je reçois un tel accueil. Le livre était attendu, j’ai arrêté de dédicacer samedi en début d’après-midi parce qu’on en avait plus. Tout le monde était adorable. J’ai aussi participé à un débat sur les lesbiennes, gays, bi.e.s et trans, dans la bande dessinée qui était hyper intéressant. En plus, j’ai quand même l’impression que la BD est un milieu où il y a plus de partisans de l’égalité que le contraire. Ce n’est donc pas un terrain hostile.

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Un garçon au poil, Jeromeuh, JUNGLE, 104 pages, 13,95 €. Disponible en librairie et en ligne.

Dédicaces jeudi 13 février, à partir de 18h, à la librairie Les Mots à la bouche, 6, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, Paris 4e, et vendredi 14 février, de 17h30 à 19h, à la Fnac Saint-Lazare, 109, rue Saint-Lazare, Paris 9e.

Photo Florian Bardou