Première athlète LGBT à avoir remporté une médaille lors de ces Jeux olympiques à Sotchi avec une récompense en or pour le patinage de vitesse sur 3000 mètres, Ireen Wüst a provoqué la colère de militant.e.s pour les droits des personnes LGBT après avoir enlacé Vladimir Poutine. Ouvertement bi, elle avait indiqué qu’elle ne ferait aucune déclaration politique pendant les Jeux, mais pour Queer Nation, afficher une telle proximité avec le chef d’État russe est en soi un geste politique.

Le président russe s’est rendu à une soirée organisée par l’équipe néerlandaise pour féliciter en personne les sportives et les sportifs. «Il m’a enlacée, a expliqué Ireen Wüst à ABC News. Il m’a félicitée et il m’a demandé si tout se passait bien en Russie et je l’ai félicité pour Olga Graf [une patineuse de vitesse russe], bien entendu, pour sa troisième place au 3000 mètres. Il était content de me voir et il devait partir ensuite. Mais je l’ai enlacé.» Un geste dont elle aurait dû s’abstenir selon Duncan Osborne de Queer Nation: «En prenant Vladimir Poutine dans ses bras, un homme qui piétine les droits des LGBT russes, des dissident.e.s politiques, des artistes, des sans-papiers et d’autres en Russie, Wüst a approuvé sa politique fasciste», a-t-il estimé.

«Serrer Vladimir Poutine dans ses bras est une trahison envers le courage et le dévouement des LGBT russes et des dissident.e.s politiques qui nous montrent ce que sont le courage et le dévouement. Wüst devrait avoir honte. Chaque athlète à Sotchi devrait comprendre que le monde entier regarde. Nous ne pouvons pas demander aux athlètes de démontrer le même type de courage que les LGBT russes, mais nous ne pouvons pas garder le silence et nous n’oublierons pas que des athlètes ont enlacé Poutine.»

Du côté des résultats, parmi les athlètes out, seule la sauteuse à ski autrichienne Daniela Iraschko-Stolz (à gauche sur la photo ci-dessous) a eu la joie de remporter une médaille hier, mardi 11 février. Elle est arrivée deuxième de la finale de saut à ski, derrière l’Allemande Carina Vogt mais devant la Française Coline Mattel.

La Néerlandaise Sanne Van Kerkhof a été moins gâtée la veille: une chute dans son équipe pendant les demi-finales du relais sur 3000 mètres a entraîné sa disqualification et celle de ses coéquipières. Quant à Anastasia Bucsis, elle est arrivée 27e du 500 mètres en patinage de vitesse mardi 11 février.

«UN DISCOURS POSITIF ET CONSTRUCTIF»
Présente à Sotchi au sein de la délégation américaine, l’ex hockeyeuse ouvertement lesbienne Caitlin Cahow a assuré dans une tribune publiée sur NewNowNext que tout se passe à merveille et qu’elle a été très bien accueillie et reçue. Elle souhaite que l’accent soit mis sur les efforts accomplis par les athlètes et veut souligner qu’elle n’est pas juste un faire-valoir lesbien, mais qu’elle est là pour porter un message universel:

«Je ne suis pas allée en Russie seulement pour représenter la communauté LGBT. Je suis fière d’appartenir à cette communauté, mais cet événement et mon message vont bien au-delà de ce seul groupe. Nous portons un message d’égalité universelle, qui ne connaît pas de différenciation et refuse de discriminer quelle que soit la raison. Plus important encore, nous choisissons de nous concentrer sur un discours positif et constructif.»

LA LUGE EST-ELLE UN SPORT GAY?
Pendant ce temps, au Canada, la vidéo publiée par l’Institut de la diversité et de l’inclusion qui met en scène deux hommes en train de faire de la luge (ou autre chose, c’est un peu ambigu) n’a pas plu au lugeur Christian Niccum. Le message du spot est le suivant: «Les JO ont toujours été un peu gays. Battons-nous pour les garder comme ça».

http://youtu.be/effb2JYiKXM

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Interviewé par Reuters, Christian Niccum trouve que la comparaison est «ridicule et triste» car elle donne à penser que dès que deux hommes sont en contact dans un sport, il y aurait forcément un sous-entendu sexuel. D’après lui, cela peut avoir une incidence sur la façon dont les enfants voient le sport. «Quand j’étais petit, je n’allais pas faire de la luge en pensant à ça, l’idée que ce serait gay ne m’a jamais traversé l’esprit. […] C’est juste du sport. Pourquoi rapporte-t-on tout au sexe? Les enfants ne pensent pas comme ça et maintenant on leur montre des vidéos qui prétendent que c’est ça le sport. Je trouve que c’est dommage.»

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