Après le coming-out dimanche 9 février de Michael Sam qui pourrait bientôt appartenir à une équipe de la National Football League (NFL), le quotidien 20 Minutes a demandé au porte-parole du Paris Foot Gay (PFG) Jacques Lizé, ancien président de SOS homophobie, s’il était envisageable qu’un footballeur français fasse prochainement son coming-out. «Je n’y crois pas, a-t-il répondu. La position du PFG c’est même de ne pas trop le conseiller, tant que la Fédération française de football n’a pas pris position. Les sponsors pour l’instant en France n’ont pas réellement pris position. Notre ministre des Sports est floue sur la question. J’ai l’impression que ce serait extrêmement dangereux. La société n’est pas prête.» Un constat en partie partagé par les Dégommeuses. Présidente de l’association, Cécile Chartrain remarque elle aussi «la frilosité» des institutions. Le club «regrette la faiblesse et le manque de courage des politiques qui renvoient les gays à des stratégies individuelles», mais opte pour une autre stratégie que le PFG et «encourage le coming-out».

«RIEN DE PIRE QUE LA LOI DU SILENCE»
Il y a quelques semaines, six organisations ont signé un appel contre l’homophobie dans le sport. Si elle ne s’est pas exprimée explicitement sur un éventuel coming-out, la ministre Valérie Fourneyron a été un soutien important pour que Paris organise les Gay Games en 2018 et a affirmé à plusieurs reprises son engagement contre les discriminations dans le sport. Pour la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT) dont un représentant s’est exprimé lors de la signature de l’appel contre l’homophobie, la visibilité des athlètes LGBT est primordiale pour faire avancer les choses. Perpétuer le silence est aussi dommageable que la loi «Don’t Ask, Don’t Tell» aux États-Unis qui obligeait les membres des forces armées à rester dans le placard. Faire son coming-out est important «car la parole casse aussi les préjugés», avait-il indiqué. Intimer à un.e athlète: «Sois homo, mais surtout ne dis rien!» est d’après lui nuisible car «il n’y a rien de pire que la loi du silence».

«Les gens doivent arrêter de penser qu’on vit dans un village de Gaulois où tous les athlètes sont hétéros, insiste Christelle Foucault, présidente de la Fédération sportive gaie et lesbienne (FSGL). On prie de toutes nos forces pour qu’un joueur de football en activité fasse son coming-out, on n’attend que ça! Il faut sortir de la honte et cesser de masquer son identité réelle.»

«Avec toutes les campagnes contre les discriminations, tout le monde serait derrière lui et on le remercierait d’avoir ouvert la porte! Être le premier, c’est un acte citoyen parce qu’il ne s’agirait pas que de lui mais aussi de la reconnaissance de tout un pan de la société. On est actuellement dans un climat bienveillant, le joueur serait comme dans un cocon, protégé par les autorités sportives, par les associations mais aussi par le grand public: si on l’excluait de la sélection nationale, les conclusions seraient vite tirées.»

Les Dégommeuses estiment également qu’un coming-out pourrait «soulager, voire protéger individuellement un joueur en le rendant moins vulnérable aux attaques et aux rumeurs». Parce que les athlètes sont «associés à une image positive», le coming-out d’un joueur de Ligue 1 «aiderait les jeunes personnes LGBT à s’assumer et ferait évoluer les représentations sociales», veut croire Cécile Chartrain.

UN COMING-OUT COLLECTIF?
Le porte-parole du PFG affirme par ailleurs qu’Amélie Mauresmo a regretté avoir révélé son orientation sexuelle: «Elle est revenue là-dessus plus tard en disant que si ça avait été à refaire elle l’aurait fait plus tard voire pas du tout, et en tout cas pas en début de carrière». L’intéressée n’est toutefois pas aussi radicale. Interviewée par L’Équipe le 22 octobre dernier, elle exprimait simplement des réserves sur la forme qu’a prise son coming-out: «Je ne regrette pas de l’avoir fait car cela expliquait un certain nombre de choses. Mais rétrospectivement dans la forme, j’aurais certainement dû le faire autrement, de façon moins brutale. Cela a été très dur après, la presse, les paparazzi… Il y a vraiment eu sur moi un focus plus qu’énorme, que, très naïvement je n’imaginais pas du tout», rapportait le blog Gi Aldri Opp. Un coming-out en Ligue 1 ne serait certes pas «un acte anodin dans un milieu aussi macho et viriliste, concèdent les Dégommeuses, mais il faut dédramatiser: dans les autres pays, ça se passe plutôt bien».

Dans un discours étrangement similaire à celui du Comité international olympique (CIO), le PFG encourage les athlètes à ne pas avoir de message «politique»: «La balle n’est pas dans le camp des sportifs, elle est dans celui des institutions, estime Jacques Lizé. C’est un peu facile d’envoyer les sportifs au front. Ce n’est pas sur leur dos qu’on va relayer le message politique. Ils ont autre chose à faire que d’être des porte-drapeaux.» Des athlètes ont pourtant pris la liberté de s’exprimer dans les médias pour faire part de leurs réserves sur les Jeux olympiques de Sotchi. Et les athlètes ont un rôle à jouer: marraine des Gay Games, Laura Flessel compte par exemple sur «la puissance des sportifs français» pour promouvoir l’événement. Le pouvoir du collectif pourrait constituer une solution efficace selon les Dégommeuses qui suggèrent aux joueurs concernés de faire un coming-out collectif. «La portée du geste serait plus fort, explique Cécile Chartrain, et cela permettrait de diminuer les risques.»

ANTICIPER
Le PFG préconise finalement «de prendre son temps» au motif qu’il «n’y a pas d’urgence». Mais l’attentisme n’a-t-il pas déjà prouvé ses limites? Une enquête réalisée l’an dernier par l’association a démontré que l’homophobie reste la norme dans le football en France. Selon Anthony Mette, sociologue du sport et chercheur, les joueurs homos se taisent pour se protéger, tandis que les autres se sentent autorisés à avoir une attitude homophobe pour affirmer leur supériorité. Pour inverser la tendance, il faudrait peut-être inverser les comportements. En plus d’un appel du pied aux joueurs, les Dégommeuses veulent rappeler qu’il est du ressort de la Fédération française de football et des clubs de mettre en place «des mesures pour soutenir et favoriser l’intégration des joueurs homos» en passant par «l’éducation et les représentations des joueurs». Un travail qui doit se poursuivre auprès des entraîneurs et des personnels qui encadrent les sportifs.

La Fédération des Gay Games (FGG) invite quant à elle à ne plus espérer le coming-out «éclatant» d’un joueur professionnel mais à anticiper celui des futur.e.s athlètes en s’inspirant du cas de Michael Sam. Il s’agit «d’un jeune joueur rentrant dans la ligue pro et assumant déjà publiquement son homosexualité, relève la FGG. Pour avoir des joueurs pros homos, il faut promouvoir un sport qui lutte contre l’homophobie dès le plus jeune âge.»

«Le premier joueur gay de Ligue 1 existe. Il est là. Il joue au foot. Il suffit « juste » de faire en sorte qu’il se retrouve dans un cadre où il peut être tout simplement un joueur gay cadet ou junior. Et ça arrivera plus facilement si l’on arrête de faire peur aux jeunes qui souhaitent vivre leur vie, tout simplement.»

L’exemple de Michael Sam montre que le courage peut aussi payer sur le plan sportif: après son coming-out, l’équipe de l’université du Missouri, où il joue, a connu l’une de ses deux meilleures saisons depuis 1960.

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