Dimanche 2 février, arrivés premiers dans la catégorie couple homme-homme et quatrièmes au classement général des Foulées de Vincennes 2014, organisées par l’association Sport Passion, Alban Giraud et Romain Blondeau (dossard 954) s’attendaient à recevoir une récompense lors de la remise des prix à la mairie de Vincennes. Pourtant, ils ne seront pas appelés pour recevoir le trophée qu’ils attendaient. «On a quitté la salle, on était sonné. On a pris conscience qu’on avait été nié alors qu’on a bien couru», confie Alban, attristé.

UN ACTE HOMOPHOBE?
C’est quelques jours plus tard que naît la polémique autour de l’événement sportif, relayée par metronews. Pierre Serne (EELV), tête de liste de la gauche unie à Vincennes pour les municipales et vice-président de la région Ile-de-France, et Anne-Marie Maffre-Sabatier (PS), 2e de liste, pointent du doigt, dans un communiqué du 7 février, une discrimination et exigent «des organisateurs et de la mairie de Vincennes des explications, une condamnation de cet épisode discriminatoire, des excuses pour les couples humiliés ce jour-là et des engagements pour que les prochains événements sportifs de la ville soient exemplaires en matière d’égalité des droits et de respect de chacune et chacun sans discrimination de quelque ordre que ce soit».

De son côté, après un échange mail «pas du tout convenable» selon Alban, l’organisation se défend alors de toute volonté de discriminer, et se réfère au règlement de la course et au bulletin d’information. «Au total, il y avait 130 couples engagés, dont deux couples homme-homme et 5 couples femme-femme. On a juste récompensé la catégorie la plus représentée. C’était plus éthique d’un point de vue sportif», explique Vanessa Orchilles, gérante de l’association Sport Passion. «On ne pouvait pas récompenser 3 couples sur une course de 5 km. Il n’y a aucune discrimination. Pour nous, la course couple n’a rien avoir avec la légitimité amoureuse», ajoute-t-elle. Avant même l’événement, les organisateurs hésitaient à maintenir les catégories couples – mixte ou non – pour la course de 5 km qu’ils jugeaient secondaires au regard des courses individuelles.

Plus nuancée, l’association LGBT des Front Runners de Paris – dont Alban et Romain sont adhérents –, par l’intermédiaire de son président Jérôme W Capèle, a souhaité interpeller les organisateurs des Foulées de Vincennes par une lettre à destination de Michel Orchilles, président de Sport Passion, afin de faire reconnaître la maladresse. «Notre boulot, à nous, associations LGBT, c’est de dire que les réalités ont changé, justifie-t-il, dire que les choses ne se font plus comme avant, qu’un couple homme-homme, c’est comme un couple mixte. C’est symbolique.» Une médiation a ainsi été mis en place entre les deux associations sportives pour résoudre le différend. Alban Guiraud est d’ailleurs sur la même longueur d’onde:

«On n’est pas dans la revendication pure et dure: il y a eu un loupé, il ne faut pas que ça se reproduise. Le communiqué [de Pierre Serne, ndlr] a permis de mettre en lumière le problème. À partir du moment où on crée une catégorie, on la récompense. Dans le fond, ce n’est pas de l’homophobie, mais de la maladresse.»

APRÈS LA POLÉMIQUE, L’APAISEMENT
La Mairie de Vincennes, qui soutient l’événement sportif, a reconnu la maladresse lors d’une rencontre avec le couple mardi 11 février, en fin de journée. «Le maire de Vincennes, Laurent Lafon, souhaite un apaisement. La rencontre s’est très bien passée et il comprenait qu’on ait pu se sentir blessé. C’est simplement une erreur de la part des organisateurs», précise Alban Giraud, qui propose de travailler avec l’organisation de la course pour faire «des courses en couple de manière égalitaire». « Le maire nous a proposé qu’une coupe nous soit attribuée, mais on ne voit pas trop l’intérêt. On souhaite juste une reconnaissance de l’erreur», poursuit le coureur.

«On est sympas, souriants, sportifs et prêt à collaborer avec les gens», renchérit Jérôme W Capèle, des Front Runners. Le président de l’association LGBT parisienne de course à pied a demandé à rencontrer l’organisateur Michel Orchilles et l’a invité à venir samedi 15 février pour la course de la Saint-Valentin organisée par les Front Runners chaque année depuis 15 ans. Après l’emballement médiatique, chaque partie a souhaité l’apaisement. Le couple vainqueur de la catégorie femme-femme ne s’est pas manifesté.

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