[mise à jour, 11 février] Ajout du communiqué du ministère de la Culture

Après avoir relayé la campagne consistant à retirer les enfants de l’école pendant une journée, le Printemps français, mené par Béatrice Bourges, entend faire régner sa vision du monde dans les bibliothèques municipales, rapporte Europe 1. Avec l’aide du Salon Beige, un blog tenu par «des laïcs catholiques», le mouvement veut inciter les mairies à retirer des ouvrages jeunesse comme Tango a deux papas ou Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi? des rayonnages. Ces livres feraient la promotion de la pseudo «théorie du genre».

«BIBLIOTHÈQUES IDÉOLOGIQUES»
Sont visées les «bibliothèques idéologiques» dans lesquelles ces ouvrages sont disponibles à l’emprunt. Le Salon Beige délivre les coordonnées des mairies concernées et appelle les internautes à faire pression sur les municipalités pour que les livres soient retirés. «Ces livres idéologiques, on les trouve à Nantes, à Versailles, à Saint-Germain-en-Laye, à Neuilly-sur-Seine, au Chesnay, liste Béatrice Bourges avant de menacer: Les maires seraient bien avisés de faire le nécessaire s’ils ne veulent pas être sanctionnés par des parents qui s’inquiètent de plus en plus.»

À Versailles comme à Saint-Germain-en-Laye, les édiles ont refusé de répondre à Europe 1. Le maire du Chesnay et porte-parole de la «Manif pour tous» Philippe Brillault a quant à lui considéré que les livres prétendument «idéologiques» devraient être mis à disposition du public… au même titre que Mein Kampf d’Adolf Hitler: «S’il faut retirer tous les livres qui posent un problème de philosophie, je ne suis pas sûr qu’il reste beaucoup de livres dans les bibliothèques. On a Mein Kampf et bien d’autres sur l’histoire religieuse, sur l’Islam», a-t-il indiqué. Dans sa commune, Tango a deux papas n’est plus disponible à hauteur des enfants et figure désormais sur une étagère à laquelle seul.e.s des adultes peuvent accéder.

La ministre de la Culture Aurélie Filippetti a réagi à cette nouvelle dans un communiqué:

«Près d’une trentaine de bibliothèques publiques ont fait l’objet, ces derniers jours, de pressions croissantes de la part de groupuscules fédérés sur internet par des mouvements extrémistes qui en appellent désormais à la lutte contre ce qu’ils appellent les « bibliothèques idéologiques ».

Ils se rendent dans les bibliothèques de lecture publique, exercent des pressions sur les personnels, les somment de se justifier sur leur politique d’acquisition, fouillent dans les rayonnages avec une obsession particulière pour les sections jeunesse, et exigent le retrait de la consultation de tout ouvrage ne correspondant pas à la morale qu’ils prétendent incarner.

Il est temps d’en appeler à Voltaire, à l’esprit des Lumières, pour dénoncer ces atteintes scandaleuses à la démocratie et à la liberté dans notre pays. La lecture est l’un des meilleurs outils de lutte contre les fanatismes, contre l’intolérance.

La France ne tolère pas les tentatives de censure de ces lieux-phares de la République que sont les bibliothèques, berceau de la connaissance et du savoir, ni les attaques contre leurs professionnels irréprochables, dont les règles d’éthique professionnelle sont d’ailleurs inscrites dans le Manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique.

Je réaffirme mon soutien le plus absolu au personnel des bibliothèques et aux élus locaux qui doivent faire face à ces agressions.»

Les anti-égalité ont par ailleurs fait part de leur indignation en raison de la diffusion du film Tomboy devant des collégien.ne.s. À Angers, deux hommes, dont un responsable local de la «Manif pour tous», ont fait irruption dans un établissement scolaire pour empêcher des élèves de quatrième de voir ce film au motif «qu’il rendrait les enfants homosexuels», rapporte Ouest France. En raison de la tension qu’ont fait régner les deux hommes, la sortie a finalement été annulée et le directeur de l’établissement a déposé une main courante.

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