Les tergiversations du gouvernement autour de la loi Famille depuis le début de la semaine ont déclenché l’agacement de bon nombre de militants et d’élus PS qui ont décidé chacun.e à leur manière de faire remarquer au gouvernement son manquement aux valeurs socialistes.

«UNE FAUTE POLITIQUE»
Dans une tribune signée notamment par Denis Quinqueton d’Homosexualités et Socialisme (en haut à gauche sur la photo), Corinne Narassiguin, secrétaire nationale du PS aux Français de l’étranger (en bas à gauche), ou encore Hussein Bourgi, premier secrétaire de la fédération PS de l’Hérault, et publiée sur Rue89, plusieurs élu.e.s rappellent les dates marquantes de l’histoire de la République, les grands progrès sociétaux soutenus par la gauche… mais aussi d’autres événements bien moins glorieux: «Il y a des dates désenchantées: le 9 octobre 1998 qui vit le début raté du débat parlementaire sur le Pacs, le 20 novembre 2012 qui raisonna d’une malencontreuse « liberté de conscience », et le 3 février 2014 qui laisse croire à un double renoncement, à l’ouverture de la PMA aux femmes pour des raisons autres que strictement médicales, et à l’évolution de notre législation familiale au service des familles, si diverses, de notre pays.

«Ces dates où on a le sentiment que la gauche abandonne sa raison d’être, son combat historique et séculaire pour l’émancipation de l’individu, nous voudrions les oublier mais nous n’y arrivons pas. Et avec nous, tant de Françaises et de Français. Elles sont blessantes, elles sont humiliantes, elles nourrissent d’autres dates encore plus funestes où l’Histoire abandonne la République.»

Leur constat est finalement sans appel: «Cet abandon est une faute politique, à l’égard des personnes, les lesbiennes, qui devront continuer à aller en Espagne ou en Belgique pour avoir accès à la PMA, à l’égard des familles qui devront continuer à bricoler avec des lois vétustes. C’est une faute, aussi, à l’égard du peuple de gauche qui lui n’abandonne jamais, ni pour lui-même ni pour les autres, le combat de l’émancipation.»

«SHADOK TIME»
Sur son site, le député Jean-Christophe Cambadélis résume en quelques mots l’absurdité de la situation dans un post sobrement intitulé «Quel bordel!»: «En France on défile contre une loi pour ce qu’elle n’est pas. Et le gouvernement la retire non pour ce qu’elle contient mais pour les amendements qu’elle pourrait induire… C’est Shadok Time!» Il ne manque pas de rappeler que l’UMP aussi souffle le chaud et le froid depuis le dernier rendez-vous de la «Manif pour tous»: «La droite qui n’a pas participé à la manifestation de dimanche, voire a estimé qu’elle n’était pas utile alors que le texte mariage pour tous avait été voté (Christian Jacob)… L’UMP s’applaudit d’avoir gagné. La gauche qui savait que la PMA et la GPA n’étaient pas dans le texte, s’offusque du retrait du texte. Mais ne trouvait rien à redire que ledit texte ne comporte ni la PMA ni la GPA.» Une position que semble rejoindre le député Bernard Roman (en bas, à droite): «Je ne m’étonne pas que les fins esprits de la « Manif pour tous » mettent sur le même plan GPA et la procréation médicalement assistée (PMA). Je regrette en revanche que la confusion ait pu être entretenue par certains membres de l’exécutif ou responsables politiques de mon parti: ils ont tort.»

LA RÉPONSE RÊVÉE DE MATTHIEU ROUVEYRE
De son côté, l’élu municipal de Bordeaux Matthieu Rouveyre (en haut, à droite) s’est pris à imaginer une réponse d’Harlem Désir à l’abandon du projet de loi. Voilà un extrait du communiqué de presse qu’il aurait aimé voir publié par le PS:

«Le Parti socialiste tient à dénoncer vigoureusement l’abandon par le gouvernement de la loi qui devait notamment autoriser la Procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes. Harlem Désir s’étonne par ailleurs que Manuel Valls qui, selon des sources concordantes, n’est encore que ministre de l’Intérieur, se soit cru autorisé à prendre l’initiative d’enterrer le texte avant toute déclaration du Premier ministre ou de la ministre déléguée à la Famille. Le Premier secrétaire du Parti socialiste rappelle que ce n’est pas aux réactionnaires dominicaux de fixer son agenda au gouvernement. Harlem Désir en appelle solennellement à Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale pour qu’il fédère et encourage les députés socialistes à déposer eux-mêmes une proposition de loi permettant d’établir l’égalité tant promise.»

Photos Yagg / Capture (Matthieu Rouveyre)