Dans une tribune publiée sur le Huffington Post, la psychanalyste et historienne Élisabeth Roudinesco est revenue sur les origines de la pseudo «théorie du genre» et les délires haineux qui l’entourent. Elle s’attache notamment à démontrer que les récentes manifestations trouvent des échos dans des prises de positions réactionnaires bien plus anciennes:

«Le thème n’est pas nouveau, il était déjà présent sous une autre forme dans certains discours apocalyptiques de la fin du XIXe siècle qui affirmaient que si les femmes travaillaient et devenaient des citoyennes à part entière, elles cesseraient de procréer et détruiraient ainsi les bases de la société, laquelle serait alors livrée, d’un côté aux « infertiles » – sodomites, invertis et masturbateurs – agents d’une dévirilisation de l’espèce humaine, et de l’autre aux Juifs, soucieux, d’établir leur domination sur les autres peuples en usant d’une fertilité sans commune mesure avec celle des non-Juifs.

«Le thème du Juif lubrique, incestueux et pourvu d’un pénis sans cesse érigé, aussi proéminent que ses fosses nasales, est une des constantes du discours antisémite. Aujourd’hui, les ligues de la colère prétendent dénoncer, après le vote de la loi sur le mariage entre personnes du même sexe, un nouveau complot fomenté à la tête de l’État pour détruire davantage la famille et la différence anatomique des sexes. Il aurait pour objectif d’imposer l’enseignement dans les écoles républicaines d’une prétendue « théorie du genre » visant à transformer les garçons en filles, les filles en garçons et les classes en un vaste lupanar où les professeurs apprendraient aux élèves les joies de la masturbation collective.»

De son côté, le magazine Têtu publie sur son site un article du numéro de septembre dernier intitulé «Fausse « théorie du genre » et vraie théorie du complot», l’occasion de lire ou de relire ce dossier qui décrivait à l’époque la mise en place des premiers «comité de vigilance gender» dans les écoles et les prémices de la vague réactionnaire qui déferle aujourd’hui à coups de manifestations et de SMS aux parents d’élèves. Extrait:

«Depuis le début de l’année, des associations obscures ont également organisé des conférences ayant pour ambition de « démasquer le genre ». Sur internet, de telles initiatives sont centralisées par le site de la cathosphère d’extrême droite, 
Le Salon beige. Les députés UMP Xavier Breton et Virginie Duby-Muller ont même demandé une commission d’enquête sur 
la « théorie du genre »…
 À la mi-mai, la « Manif pour tous » éructait contre l’organisation par le SNUipp-FSU, principal syndicat de l’enseignement primaire, d’un colloque sur le thème 
 »Éduquer contre l’homophobie dès 
l’école primaire ». Et début juin, lors de l’examen à l’Assemblée nationale du 
projet de loi sur la refondation de l’école, les mêmes militants se sont opposés à un amendement qui prévoyait une « éducation à l’égalité de genre ». Avec succès: son auteure, la députée écolo Barbara Pompili, a préféré finalement le retirer. Même reculade du ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, qui déclara
 fin mai sur France 2: « Je suis contre la théorie du genre, je suis pour l’égalité filles/garçons. Si l’idée c’est qu’il n’y a pas de différences physiologiques, biologiques entre les uns et les autres, je trouve
 ça absurde. » Drôle de raccourci.»

Enfin, le blog Nègre Inverti revient sur le traitement médiatique d’une affaire tragique d’un enfant opéré et éduqué en fille sur les conseils d’un médecin suite à une circoncision ratée dans les années 60. Le Figaro et Le Point se sont penchés sur cette histoire… non sans tomber dans une certaine «malhonnêteté intellectuelle», comme le soulève l’article:

«En premier lieu, l’article du Figaro définit la « théorie du genre » comme « la conduite sexuelle qu’on choisit d’adopter, en dehors de notre sexe de naissance ». Où avez-vous lu ça? Comment peut-on se revendiquer de la pratique journaliste, et définir quelque chose d’une manière totalement fantasmatique! Dans quel ouvrage sur le genre est-il question de « choisir » de manière personnelle une « conduite sexuelle »? D’ailleurs qu’est-ce que c’est qu’une « conduite sexuelle »? C’est sûrement parce que la « théorie du genre » n’existe que dans votre tête, qu’il est possible de lui donner une définition aussi loufoque. Comme ça l’a déjà été dit maintes fois, les études sur le genre analysent le sens social donné aux différences entre des personnes naissant avec un pénis, et d’autres avec un vagin. Vous n’avez jamais voyagé? Vous n’avez pas de télé ? Vous n’êtes pas au courant que selon les cultures (ainsi que selon les époques), le sens attribué à ces différences varient?»

À lire sur le Huffington Post, sur Têtu.com et sur Nègre Inverti.

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