[mise à jour, 05/02] Ajout des réactions de l’ADFH et de Denis Quinqueton

Le gouvernement et le Parti socialiste n’ont décidément pas le vent en poupe après que Jean-Marc Ayrault a annoncé un énième report de la loi Famille et de la PMA. Cette décision prise après le défilé des manifestant.e.s anti-égalité des droits révèle selon la Fédération LGBT «la grande lâcheté politique du gouvernement et du président de la République qui n’assument plus leur engagements, reniés par une suite hallucinante de reculades et de reniements successifs depuis des mois». L’association fustige «le dédain du gouvernement pour toutes les lesbiennes qui courent des grands risques de santé en raison des traitements hormonaux différents entre la France et les pays dans lesquels elles se rendent pour profiter d’une PMA».

Pour l’ADFH, le projet de loi Famille n’était de toute façon plus digne de s’appeler ainsi: «Cette loi […] ne s’adressait plus qu’à quelques familles labellisées « Manif pour tous ». En 2014, les familles en France ne correspondent pas à la vision passéiste de « La Manif Pour Tous ». 4 millions d’enfants ne vivent pas avec un papa et une maman. Faut-il les faire descendre dans la rue?» Si HES a publié un communiqué lapidaire après l’annonce de Matignon, son président Denis Quinqueton ne cache pas qu’il est aujourd’hui dans «une colère noire», comme il l’a indiqué sur son blog.

SOS homophobie, qui avait interrogé chaque candidat.e à l’élection présidentielle, rappelle à François Hollande ses engagements:

«Une femme doit pouvoir recourir à l’assistance médicale à la procréation, soit parce qu’elle ne peut pas avoir d’enfant, soit parce qu’elle ne souhaite pas avoir une relation avec un homme. Je suis donc favorable à l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes.»

L’association dénonce dans un communiqué cette «mise au placard de la loi Famille et de la PMA» et voit aujourd’hui dans l’attitude de l’exécutif «un renoncement du président de la République». Gaylib partage cette analyse sur le blog de Catherine Michaud, présidente du mouvement:

«Monsieur le Président, ayez le courage de vos promesses de campagne!

Des centaines de milliers de familles françaises sont aujourd’hui trahies par votre Gouvernement. Il aura fallu quelques dizaines de milliers de manifestants, parfois militants d’extrême droite ou catholiques intégristes, pour que vous cédiez; vous qui avez tenu l’hiver dernier pour le mariage pour tous. Les échéances électorales vous font trembler? La sanction vous fera chuter!

Vous vous êtes engagé à ouvrir la procréation médicalement assistée aux couples de femmes, votre projet vous oblige et vous engage. Nous, LGBT, nous voulons un statut du beau-parent. Nous lesbiennes, nous citoyennes, nous françaises, nous voulons la liberté et la possibilité de concevoir nos enfants en France, en toute légalité et sécurité.»

L’APGL, qui file la métaphore maritime, rappelle au gouvernement que l’ouverture du mariage ne suffit pas pour satisfaire l’égalité des droits et que d’autres revendications liées à la famille restent sans réponse: «il faut ouvrir la filiation en dehors du mariage, ouvrir la PMA à toutes les femmes, reconnaître les parents sociaux et les pluriparentalités, modifier les conditions d’accès aux origines, reconnaître les enfants nés de gestation pour autrui à l’étranger», détaille l’association.

«Colère!», grondent comme un leitmotiv les DurEs à Queer: «Hollande, si tu as perdu les pédales, sache que les gouines aussi quittent le navire, préviennent les membres du collectif. Nous sommes excédé.e.s par ce gouvernement qui n’est pas convaincu des idées qu’il est censé porter, de devoir lutter pour des droits qui ne devraient pas être discutés, ni remis en question puisqu’ils sont inscrits dans les promesses de campagne.»

Le collectif Oui Oui Oui s’insurge pour sa part de l’inclination du Parti socialiste et du gouvernement à s’abaisser au niveau de leurs opposant.e.s: «Le Parti socialiste et le gouvernement, par la voix de Vincent Peillon, avaient déjà accepté les termes mensongers du débat, les mots trompeurs des réactionnaires et des sexistes, en parlant de la « théorie du genre » comme d’une réalité qu’il faudrait refuser. Nous demandons, au contraire, que le gouvernement tienne bon sur l’égalité femmes-hommes. Nous réclamons le maintien des nécessaires mesures d’éveil à l’école et le respect du travail universitaire accompli sur les études de genre.

La porte-parole du Parti socialiste, Laurence Rossignol, accepte de débattre à France Inter avec la présidente de « La Manif pour tous » comme si Mme de La Rochère était une interlocutrice acceptable et crédible. Pourtant, la « Manif pour tous » fait déferler, depuis plus d’un an, la haine lesbophobe, transphobe et homophobe sur notre pays. Les réactionnaires de la prétendue « Manif pour tous » refusent aujourd’hui la PMA pour toutes comme, hier, ils refusaient le mariage et l’adoption pour tous. Ils sont les ennemis de l’égalité et du progrès. Laissons-les à la marginalité de leurs idées rétrogrades et pernicieuses.

Le collectif Oui Oui Oui rappelle au PS que son électorat, c’est la gauche. Que les promesses de François Hollande l’obligent. Que céder à « la Manif pour tous » ne lui apportera que le déshonneur et la défaite. Que nous n’en pouvons plus de le voir brader nos droits et nos familles pour apaiser ses ennemis et les nôtres.»

Ce recul ne laisse rien présager de bon pour les autres revendications que portent les militant.e.s LGBT. L’Association nationale transgenre (A.N.T.) condamne «l’enterrement» par un groupe de travail des socialistes à l’Assemblée nationale du changement d’état civil libre et gratuit. «Depuis 2012, le gouvernement et le PS nous font perdre notre temps avec de multiples auditions (Ministère des droits des femmes, groupe de travail de sénatrices, rencontres en tous genres…), recense l’association. Depuis, pourtant, rien n’a changé, et aucune de nos propositions n’a été retenue.»

L’organisation appelle le PS à faire pression sur le gouvernement pour qu’un projet de loi sur l’identité de genre voie le jour. De leur côté, les féministes de FièrEs enjoignent les organisations désireuses de riposter face aux réactionnaires à «une première réunion unitaire le 13 février à Paris», le lieu restant à déterminer.

Photo Judith Silberfeld