Au lendemain d’une manifestation qui a déchainé les forces les plus réactionnaires portant des messages de haine envers nos familles et envers ce que nous sommes, nous attendions d’un gouvernement censément progressiste une belle et haute voix pour défendre l’égalité républicaine, la dignité de toutes et tous et ce dans toutes les configurations familiales.

LOI FAMILLE REPOUSSÉE À UNE DATE INDÉTERMINÉE
L’Inter-LGBT ne peut que constater amèrement qu’il n’en est rien, bien au contraire. Il suffit qu’une petite minorité réactionnaire organisée et financièrement soutenue (dans des conditions obscures), hostile à l’égalité femmes-hommes et rêvant d’un retour au XIXe siècle, élève un peu la voix pour qu’elle dicte sa loi au gouvernement. S’excusant presque d’être progressistes, les responsables de la majorité se complaisent dans les approximations sur le genre, alors que Manuel Valls, dans une posture surprenante de ministre de la Famille d’un jour, pratique aussitôt l’amalgame entre PMA et GPA et entend entraver la volonté souveraine du Parlement si des amendements en faveur de la PMA étaient déposés.

Propos confirmés peu après par le cabinet du Premier ministre, repoussant la loi Famille à une date indéterminée mais que l’on devine la plus lointaine possible, tandis que David Assouline, porte-parole du Parti socialiste, abonde dans le même sens au nom du parti majoritaire. Les réactionnaires se voient ainsi crédibilisé.e.s et leurs revendications obscurantistes et passéistes légitimées; le message envoyé est des plus malsains, et favorisera à n’en pas douter une montée en puissance des LGBTphobies et des actes de discriminations associés et entrainant une mise en danger des personnes LGBT et notamment des militant.e.s qui se font malmener ou reçoivent des menaces de mort.

RADICALISATION DES ANTI-TOUT
Alors qu’initialement la PMA devait être discutée dans le cadre de la loi famille présentée par Dominique Bertinotti, l’avenir des femmes lesbiennes souhaitant devenir mères fut subitement confié aux mains «expertes» des membres du CCNE, la date de remise de leur rapport étant sans cesse repoussée. Avec les récentes déclarations ne laissant guère de doute sur l’enterrement de la PMA, nous assistons donc à une succession de reculades insupportables et nous interrogeons: qu’en est-il exactement de la PMA dans le projet de société du gouvernement Hollande? Nous attendons des éclaircissements et nous rappelons que presque tous les pays qui ont ouvert le mariage aux couples de même sexe ont également ouverts la PMA… et parfois dans un ordre inversé!

L’Inter-LGBT n’a eu de cesse de critiquer la dissociation de la question du mariage de celle de la PMA, et de pointer le risque d’une radicalisation des anti-tout. Aujourd’hui nous ne pouvons que déplorer de voir le gouvernement céder à la panique, réaction d’autant plus déplorable que nous le voyons faire marche arrière face à des arguments aussi absurdes que vides de sens sur la question du genre par exemple.

L’Inter-LGBT affirme haut et fort que oui, la lutte contre les stéréotypes de genre est indispensable, et ce dès le plus jeune âge. Déconstruire ces stéréotypes, c’est affirmer l’égalité femme-homme et donner à chacun.e les moyens de s’épanouir dans notre société. Il est plus que regrettable que nous ayons besoin aujourd’hui de rappeler qu’un homme peut vouloir choisir de rester à la maison pour élever ses enfants et qu’il est bon de dire aux petites filles qu’elle pourront devenir chirurgiennes!

L’ÉGALITÉ NE SE DIVISE PAS
L’Inter-LGBT reste mobilisée, quoi qu’il arrive, et nous rappellerons chaque fois que nécessaire que l’ouverture de la PMA est une promesse de campagne de François Hollande, tout comme l’est celle faite pour les droits des personnes trans’. Nous refusons d’attendre un autre quinquennat. L’égalité ne se divise pas, les grands et nobles principes d’égalité femmes-hommes dont se pare le gouvernement concernent toutes les femmes et ne peuvent être réservées aux seules hétérosexuelles en couple; l’accès à la PMA pour toutes est une condition indispensable de cette égalité réelle. Nos enfants ont le droit à la même protection juridique que les autres enfants, dès leur naissance.

Car des enfants naissent dans nos familles, et nos enfants ont besoin comme les autres d’être reconnu.e.s citoyen.ne.s de plein droit, avec un état civil conforme à la réalité vécue et non pas comme des sous-citoyen.ne.s, apatrides et sans filiation. Il est temps que cesse la tartuferie de la loi Taubira qui a certes ouvert des droits mais oblige en même temps les familles à l’adoption de leurs propres enfants pour être reconnues, entretenant le déni complet de la façon dont les enfants sont conçu.e.s car sachant bien que les PMA se pratiquent à l’étranger.

L’Inter-LGBT doit-elle exiger d’être reçue par Manuel Valls, ministre de l’Intérieur et des Cultes et nouveau ministre de la Famille?

Marjorie Monni et Thomas Linard, porte-parole de l’inter-LGBT chargé.e.s des questions Familles

Les intertitres ont été insérés par Yagg.

Photo Judith Silberfeld