Dominique Bertinotti, Ludovine de la Rochère, présidente de la «Manif pour tous», et la journaliste Caroline Fourest étaient les invitées du débat du Grand Soir 3 hier soir, jeudi 30 janvier, autour des rumeurs d’enseignement d’une supposée «théorie du genre» en primaire et en maternelle ayant entraîné des perturbations dans plusieurs écoles cette semaine. «À qui profitent ses tensions?» s’est interrogé le journaliste Louis Laforge (à partir de 23′, cliquer sur l’image pour voir la vidéo):

capture debat soir 3

LA «THÉORIE DU GENRE» N’EXISTE PAS
La ministre déléguée à la Famille a commencé par remettre les choses à plat:

«Les historiens disent qu’il ne suffit pas de répéter une idée fausse pour qu’elle acquière un label de vérité. Il n’est pas question d’enseigner la théorie du genre à l’école. D’abord elle n’existe pas.»

La ministre rappelle qu’il s’agit de s’intéresser aux stéréotypes de genre, afin de lutter contre les inégalités homme/femme dès le plus jeune âge. «Je ne vois pas en quoi l’école ne se saisirait pas de cette question.»

«QUI DIT STÉRÉOTYPE, NE DIT PAS INÉGALITÉ»
Ludovine de la Rochère, elle, réplique que la «Manif pour tous» ne s’oppose absolument pas à l’égalité. C’est l’ABCD de l’égalité qui lui pose un problème: «On y retrouve des concepts qu’on retrouve exactement dans la question des concepts de genre et d’identité de genre et d’idéologie du genre. Stéréotypes de genre, ce sont des termes employés par des sociologues qui décrivent la partie social de l’identité sexuelle. […] Que nous ayons des stéréotypes, ce n’est pas forcément négatif. Qui dit stéréotype, ne dit pas inégalité […] Nous pensons qu’à l’école, on n’a pas à aller contre l’attitude des garçons et des filles. Ça ne regarde pas l’école. […] Le rôle de l’école, c’est de donner un métier.» Dominique Bertinotti l’interrompt: «Ça n’a jamais été ce que vous décrivez, madame.» «Madame Najat Vallaud-Belkacem voudrait qu’on parle de l’orientation sexuelle aux enfants dès le plus jeune âge, poursuit Ludovine de la Rochère. Les questions d’adultes n’ont rien à faire à l’école.» «Vous êtes d’accord que l’information du citoyen commence à l’école, il ne s’agit pas de dire ce qui est bien ou ce qui est mal, mais d’avoir une véritable connaissance?» lui demande la ministre. «Il y a des sujets qui sont du choix des parents», estime la présidente de la «Manif pour tous». La ministre rappelle que l’école a aussi pour rôle d’élever la conscience, ce que conteste là encore Ludovine de la Rochère.

«C’EST BIEN AUSSI D’ÊTRE COIFFEUR»
Alors que Louis Laforge tente de donner la parole à Caroline Fourest, Dominique Bertinotti l’interrompt: «Ce qui est absolument inadmissible, c’est que sous prétexte qu’il y aurait une théorie du genre, on remette en cause fondamentalement l’idée même qu’il y ait des inégalités qui sont liées au fait d’être une fille ou un garçon. Pourquoi, aujourd’hui, on oriente les filles en fin de 3e qui ne vont pas avoir des études longues, vers la coiffure, la couture. Et les garçons vers la chaudronnerie ou la mécanique, c’est bien parce que la société véhicule des idées toutes faites, des préjugés, des clichés.»

«C’est bien d’être coiffeuse», argumente Ludovine de la Rochère.

«C’est bien aussi d’être coiffeur», lui rétorque Dominique Bertinotti.

«ÊTES-VOUS CONTRE LE PRINCIPE D’ÉGALITÉ?»
Au grand dam de la présidente de la «Manif pour tous», Caroline Fourest rappelle la proximité de son mouvement avec les réseaux catholiques. «La question de l’analyse des genres, c’est simplement dire qu’on est mâle ou femelle, il y a un sexe biologique et il y a un sexe social. Nous sommes d’accord là-dessus. Est-ce que vous êtes d’accord que lutter contre les stéréotypes qui sont liés à cette construction sociale va traumatiser des enfants ou au contraire faire avancer l’égalité? Êtes-vous contre le principe d’égalité?»

«QUAND ON AIME LA FAMILLE, ON AIME TOUTES LES FAMILLES»
Louis Laforge réoriente le débat vers la manifestation de la «Manif pour tous» prévue dimanche prochain pour s’opposer à la PMA et à la GPA. «Est-ce que ce sont des débats qui sont à l’ordre du jour? interrompt Dominique Bertinotti. Pourquoi vous utilisez la PMA, la GPA, la théorie du genre? Dans quel but?» «Protéger les enfants, qu’ils aient tous un papa, une maman!» clame Ludovine de la Rochère. Mais Dominique Bertinotti a déjà sa réponse:

«Pour relancer des peurs, des inquiétudes, des anxiétés, c’est vous qui divisez la société. Pourquoi vous n’assumez pas une seule et même conception unique de la famille, c’est bien ça votre problème. En tant que ministre de la Famille, quand on aime la famille, on aime toutes les familles.»

Le débat s’est terminé dans une certaine cacophonie, tant Louis Laforge ne parvenait plus à cadrer les trois intervenantes et à faire respecter leurs prises de parole.