photo-christophe-martet2-1À force de courir après tous les mouvements anti-Hollande, aussi minoritaires et extrémistes soient-ils, Jean-François Copé endosse les habits de la frange la plus réactionnaire de l’électorat. Dernier épisode en date, l’affaire de la Journée du retrait de l’école. Une proche d’Alain Soral, antisémite d’extrême droite, Farida Belghoul, a lancé des appels par SMS pour s’opposer au pseudo apprentissage de la non moins pseudo «théorie du genre» avec des phrases comme: «Ils vont enseigner à nos enfants qu’ils ne naissent pas fille ou garçon mais qu’ils choisissent de le devenir »[…] Avec des intervenants homos ou lesbiennes qui vont leur bourrer la tête.» On nage en plein délire, mais visiblement, plus c’est gros, plus ça passe.

Ce qui est encore plus gros, c’est que le responsable du principal parti d’opposition tombe dans le panneau. Bien que cela ne soit pas si surprenant. L’année dernière, l’UMP a donné un écho massif aux manifestations homophobes de la «Manif pour tous» et plusieurs député.e.s ont passé des jours et des nuits à stigmatiser les homos en s’opposant au mariage pour tous. N’a-t-on pas entendu dans l’hémicycle: «Vous assassinez nos enfants!» (Philippe Cochet, UMP, 18/04/2013)
Jean-François Copé lui-même s’est retrouvé en tête des cortèges contre le mariage, pour affirmer quelques mois plus tard qu’il n’avait jamais été contre. Une question: est-ce qu’il arrive lui-même à suivre ses virages à 180°?

Aujourd’hui, des groupes minuscules, mais bien organisés, notamment sur les réseaux sociaux, ont connu une légitimation, en partie grâce à l’opposition. La parole homophobe se libère, tout comme les paroles et les actes antisémites ou racistes sans oublier les tentatives de revenir sur les droits des femmes. À force de hurler avec les loups, Jean-François Copé les a fait rentrer dans la cité, avec leur face hideuse de haine.

L’EXPÉRIENCE DE L’INSULTE
Non, l’homosexualité ne s’apprend pas à l’école. Et aucun cours ne fera changer de sexe à quiconque. Ce qui existe et qui s’apprend à l’école, c’est l’homophobie et la transphobie. Tous les gays et toutes les lesbiennes, mais aussi les trans’ et les bis ont pu un jour ou l’autre faire l’expérience de l’insulte. Celles et ceux qui ne se conforment pas à leur assignation de genre, ou qui, comme l’écrivait le philosophe américain Henry Thoreau, entendent une autre musique «quels qu’en soient la mesure ou l’éloignement», ne sont pas épargné.e.s par leurs camarades d’école. Lorsque l’insulte est proférée envers un.e jeune qui se perçoit différent.e, elle peut faire des ravages. L’Enquête Presse gay, réalisée par l’Institut de veille sanitaire, avait pointé dès 2004 que les tentative de suicide étaient beaucoup plus nombreuses chez les homos que chez les hétéros. L’homophobie et la transphobie se nourrissent aussi de l’invisibilité des personnes LGBT dans les livres d’histoire comme le sexisme de la faible place qu’on y fait aux femmes.

De même que le mariage des couples de même sexe n’a pas fait vaciller la civilisation, aucun cours ne fera d’un.e élève hétéro un gay ou une lesbienne. De même que des années d’enseignement hétérocentré n’a pas fait de nous des hétérosexuel.le.s. C’est comme ça et c’est tant mieux.

En luttant contre les stéréotypes et en enseignant l’égalité ou en faisant connaître les luttes des LGBT, il ne s’agit pas de changer les individus mais de faire en sorte qu’ils et elles s’interrogent sur leurs comportements et que ceux-ci soient le plus possible dictés par des valeurs comme le respect et l’égalité.

Face aux débordements de haine et aux insultes, il est aussi regrettable que le législateur ne fasse pas preuve de plus de courage politique. Car si l’égalité réelle – entre les hommes et les femmes ou entre homos et hétéros – est encore loin, faire disparaître les discriminations légales est à portée de vote. Il aura fallu quelques jours à l’Assemblée nationale pour adopter la loi sur l’égalité hommes/femmes et les cris d’orfraie des anti se sont déjà évaporés. Il faudrait juste un peu de courage politique pour renforcer un peu plus l’égalité. Suggestion à Mesdames Taubira, Vallaud-Belkacem et Bertinotti et à Monsieur Ayrault: accordez aux femmes lesbiennes le droit d’accéder à la PMA et aux trans’ celui de procéder à un changement d’état civil sans condition préalable, pour être enfin reconnu.e.s comme citoyen.n.es à part entière!

Les enfants et les adolescent.e.s LGBT qui grandiront dans une société qui ne les discriminent pas ne seront peut-être pas protégé.e.s à tous les coups de l’insulte. Mais eux – et leurs parents – auront la loi de leur côté. Ça fait une grande différence.

Illustration Nawak