Invité ce matin sur Radio Classique et LCI, le député-maire de Meaux Jean-François Copé s’est exprimé sur l’appel au boycott scolaire lancé en fin de semaine dernière en raison d’une alerte concernant des cours d’éducation sexuelle dispensés à des enfants.

«JE COMPRENDS L’INQUIÉTUDE DES FAMILLES»
Le fonctionnement d’une centaine d’écoles aurait été perturbé vendredi, après que des parents aient été avertis par SMS que leurs enfants allaient recevoir des cours d’éducation sexuelle en maternelle. Exemple de message reçu: «L’Éducation nationale va enseigner à nos enfants qu’ils ne naissent pas fille ou garçon comme Dieu l’a voulu mais qu’ils choisissent de le devenir. Avec des intervenants homos et lesbiennes qui viendront leur bourrer la tête d’idées monstrueuses.» A l’origine de cette Journée de retrait de l’école, il y a notamment Farida Belghoul, militante anti-raciste reconvertie dans la lutte contre la « théorie du genre », et soutenue par Alain Soral. Questionné sur cette rumeur, le président de l’UMP a condamné les appels au boycott: «Il s’agit, en outre, d’une double peine pour les enfants qui doivent d’abord et avant tout respecter l’école, institution républicaine fondamentale. Il faut naturellement que les parents envoient les enfants à l’école.» Jean-François Copé en a cependant profité pour tacler la politique du PS: «Je commence en avoir assez de ces sujets que le gouvernement, comme par hasard, met toujours sur la table, qui n’apportent rien à notre société et qui génèrent des tentations pour les extrémistes d’extrême droite ou d’extrême gauche pour faire de l’agitation dans un pays qui a besoin de sérénité.» Interviewé dans Le Parisien hier, le président de l’UMP s’était par ailleurs dit «choqué par la théorie du genre»: «Je comprends l’inquiétude des familles. La priorité de l’école doit rester les savoirs fondamentaux».

FAIRE LE JEU DES EXTRÉMISTES
La ministre des Droits des Femmes a réagi aux propos du député-maire sur Europe1. Le journaliste d’Europe 1 Thomas Sotto lui a demandé comment elle pouvait rassurer les parents sur cette polémique (à partir de 2’15): «La vocation de l’école c’est d’apprendre. D’apprendre à lire, à compter, à écrire, d’apprendre aussi les valeurs de la République, la liberté, l’égalité, la fraternité. L’égalité, c’est notamment l’égalité entre les filles et les garçons. C’est cela qu’on apprend aujourd’hui à l’école aux enfants.» Dénonçant les amalgames et les peurs infondées suscitées par les SMS d’alerte, Najat Vallaud-Belkacem rappelle une fois de plus que la théorie du genre, dénoncée par les opposant.e.s à l’égalité, n’existe pas. «Donc, dans le nouveau programme « ABCD de l’égalité des sexes », on ne vas pas questionner les enfants sur leur identité sexuelle? insiste plus tard Thomas Sotto. «On ne parle aucunement de sexualité à des enfants de primaire, on leur [dit] que les filles et les garçons doivent pouvoir ambitionner d’être à égalité plus tard, dans leurs rêves, dans leurs ambitions professionnelles, leurs compétences sportives.» En conclusion et avant de changer de sujet, la ministre est sortie de ses gonds, en rappelant les propos de Jean-François Copé dans Le Parisien: «Je voudrais dire à quel point je suis scandalisée des propos de Jean-François Copé sur ce sujet, Jean-François Copé qui fait le pari de la peur, du fantasme, de l’inquiétude des parents, Ce faisant, il apporte son soutien à Madame Belghoul, et derrière à Alain Soral et à toutes les théories et fantasmes de ces derniers. Lorsque Jean-François Copé dit « je comprends les inquiétudes des parents quant à une théorie du genre », lui qui sait parfaitement qu’il n’y a aucune théorie du genre développée dans les écoles de France, et bien il fait le pari du fantasme et ça ne le grandit pas. «Vous voulez dire que certains à l’UMP jouent le jeu des extrémistes qui envoient ces textos?» questionne Thomas Sotto. «Absolument. En disant cela Monsieur Copé qui sait parfaitement que nous n’apprenons pas la sexualité aux enfants de primaire, en laissant à croire que cela pourrait être possible, en venant soutenir cette théorie complètement fumeuse, il se range du côté des extrémistes, contre la République et ses valeurs.»

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Théorie du genre : « pas de sexualité dans le programme »

«JE REFUSE LA THÉORIE DU GENRE»
Lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale hier, le ministre de l’Éducation a été interpellé par le député PS Olivier Faure, qui a lui aussi regretté les propos de Jean-François Copé relayés par Le Parisien: «L’Éducation nationale assume la transmission de ces valeurs, le respect et l’égalité entre les filles et les garçons, a rétorqué Vincent Peillon. Elle refuse totalement la théorie du genre. Et elle refuse les instrumentalisations de ceux qui, venus de l’extrême droite négationniste, sont en train de vouloir répandre l’idée qui fait peur aux parents, et blesse les enseignants, que tel serait notre point de vue. Jamais nous ne renoncerons à l’enseignement de l’égalité que nous inscrivons au fronton de nos écoles. Nous luttons et nous continuerons de le faire contre toutes les discriminations, mais je veux très solennellement rassurer tous les parents de France: n’écoutez pas ceux qui veulent semer la division et la haine dans les écoles. Ce que nous faisons ce n’est pas la « théorie du genre », je la refuse, c’est promouvoir les valeurs de la République et l’égalité entre les hommes et les femmes.»

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur 28/01/2014 Question d’Olivier Faure sur la rumeur « théorie du genre » dans les écoles

DES PROPOS DÉLIRANTS Dans un communiqué de presse, l’Inter-LGBT a vivement condamné la campagne de désinformation menée par le collectif à l’origine de la Journée de retrait de l’école: «Toutes les contre-vérités et les délires les plus fulgurants sont là. Le lobby LGBT armé de la théorie du genre veut couper le pénis des petits garçons, l’homosexualité est « dégradante », les familles de couples de même sexe, des « impostures ». Le lobby LGBT s’est emparé de l’éducation sexuelle afin que tous les élèves deviennent homosexuels. Elle pense qu’à la devise « Liberté Égalité Fraternité » le ministère est en train de lui substituer « Illettré, Athée, LGBT »… L’Inter-LGBT rappelle que chaque semaine, des élèves sont victimes de LGBTphobies, que des élèves, en raison de leur orientation sexuelle réelle ou supposée, sont victimes de violences, que certaines et certains quittent l’école, ou même se suicident, en raison de LGBT-phobies. Il n’y a pas de théorie du genre ni de complot, simplement des stéréotypes de genre qui doivent être combattus, pour que chaque élève, fille ou garçon, hétéro, LGBT, puisse construire sereinement son avenir au sein de l’école. L’Inter-LGBT condamne ces propos délirants et s’inquiète de l’écho et des retentissements que peuvent avoir de tels propos sur des familles et des élèves en difficulté, surtout de la part de quelqu’un qui, même en disponibilité, fait toujours partie du corps enseignant. L’Inter-LGBT appelle le ministère à faire preuve de fermeté face à ce genre de comportements, et à ne pas faiblir dans sa volonté de lutter contre les LGBT-phobies et les stéréotypes de genre.»