Le parlement de la République turque de Chypre du Nord a voté aujourd’hui, lundi 27 janvier, la dépénalisation de l’homosexualité. Les articles 171, 172 et 173 d’une loi passée en 1929 sous le régime britannique rendaient les personnes qui avaient des relations homosexuelles coupables d’«actes contre-nature», passibles de cinq ans de prison. Le vote fait suite à une plainte déposée en 2012 devant la Cour européenne des droits de l’Homme.

«LE PAYS N’EST PAS RECONNU DANS LE MONDE»
Aucune avancée n’avait eu lieu en faveur des des gays, des lesbiennes et des bi.e.s depuis, hormis l’harmonisation de l’âge de la majorité sexuelle en 2002, qui est passé à 17 ans pour l’ensemble de la société. Auparavant, l’âge du consentement était fixé à 16 ans pour les relations hétérosexuelles, et à 18 ans pour les relations homosexuelles. L’autre partie de l’île, la République de Chypre, avait déjà dépénalisé l’homosexualité depuis 1993. «Le pays n’est pas reconnu dans le monde, il n’y a donc aucune pression internationale», affirmait en 2012 l’avocate Ceren Göynüklü pour expliquer l’absence d’évolution positive concernant les droits des LGBT en République turque de Chypre du Nord. Le vote a aussi entraîné d’autres modifications, en plus de l’abrogation des articles sur l’homosexualité: les peines de prison pour les personnes coupables d’abus sexuels sur mineur.e.s ou les personnes handicapées mentales ont été augmentées, sans oublier que la définition des violences sexuelles a été élargie. Enfin, la nouvelle loi interdit aussi la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre et réglemente les discours et les crimes de haine à l’encontre des LGBT. Le représentant de la République turque de Chypre du Nord, Derviş Eroğlu, devrait valider cette mesure dans les deux semaines à venir.

UNE EUROPE SANS LOI CRIMINALISANT L’HOMOSEXUALITÉ
«Nous accueillons chaleureusement le vote d’aujourd’hui et nous pouvons enfin appeler l’Europe un continent complètement libéré des lois criminalisant l’homosexualité, a déclaré Paulo Côrte-Real, le co-président du conseil d’administration de l’Ilga-Europe. En 1981, la Cour européenne des droits de l’Homme avait rendu un jugement historique avec l’affaire Dudgeon c. Royaume-Uni, estimant que de telles lois enfreignent la Convention européenne des droits de l’Homme et doivent être abolies. Il a fallu 33 ans pour que l’Europe soit libérée de ces lois injustes et discriminatoires.» Pour Jonathan Cooper, chef exécutif de Human Dignity Trust, association britannique qui soutenait la plainte, aujourd’hui est un jour historique: «Nulle part en Europe il n’existe plus de loi criminalisant les homos et nous sommes fièr.e.s de dire que nous avons joué un rôle significatif en menant ce chapitre honteux de l’histoire européenne à une fin. Les lois contre les actes homosexuels entre adultes consentants n’ont pas leur place dans le monde moderne. Ces lois anti-gays pernicieuses, qui ne protègent personne et causent de profondes détresses et blessent les gays et les lesbiennes existent encore dans 82 juridictions. Mais cela fait toujours une de moins, alors nous devons fêter cela.»

L’Intergroupe LGBT du Parlement européen a aussi salué avec beaucoup d’enthousiasme la nouvelle: «Je félicite la communauté LGBT turque-chypriote de pouvoir enfin jouir du plus basique des droits humains, celui d’aimer, a affirmé la députée Marina Yannakoudakis. Alors que d’autres pays comme le Nigeria et l’Ouganda imposent des mesures draconiennes pour persécuter les personnes LGBT, j’espère que les gens apprendront de Chypre que l’héritage anti-homo du passé colonial britannique devrait être abandonné et non renforcé.»