Les mots sont bien choisis et la critique précise. Un premier bilan du plan national de lutte contre le VIH/sida et les infections sexuellement transmissibles (IST) 2010-2014 a été établi par la Direction générale de la santé (DGS) à mi-parcours de son exécution et les principales conclusions de ce bilan ont été présentées le 18 décembre 2013. Le Conseil national du sida a mené sa propre enquête et rend un Avis sur ces conclusions qui regorge d’informations sur l’avancée des travaux menés par les pouvoirs publics.

RÉSULTATS JUGÉS «INÉGAUX»
Si le CNS salue l’ambition du plan, il n’en pointe pas moins les résultats jugés «inégaux». Sur les objectifs de santé, comme celui de la réduction de 50% du nombre de nouvelles personnes infectées par le VIH au cours de la période, le CNS fait déjà remarquer que le groupe des Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) est le seul dans lequel le nombre de découvertes augmente. Les HSH représentent 42% des nouvelles découvertes. Autre objectif qui semble difficile à atteindre, la baisse de plusieurs Infections sexuellement transmissibles, tant en nombre qu’en pourcentage. Mais là encore, les derniers chiffres mettent en évidence une augmentation de cas de syphilis depuis ces trois dernières années, une augmentation des infections à gonocoque constatée depuis une dizaine d’année et une augmentation du nombre d’infections urogénitales et/ou rectales à Chlamydiae observée depuis 2006.

BAISSE DES FINANCEMENTS
Le CNS note les difficultés pour établir un état d’avancement du plan notamment par manque d’accès à l’information. Il rappelle que la mise en œuvre du plan intervient dans une période de baisse des financements, notamment en direction de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) mais aussi des opérateurs associatifs. Selon le CNS, «la grande majorité des acteurs du plan souligne que la baisse des moyens alloués aux pilotes et opérateurs du plan a logiquement affecté la mise en œuvre du plan».

En ce qui concerne plus spécifiquement les Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), l’avis du CNS constate que la baisse des financements n’a pas permis de développer de nouvelles interventions voire de maintenir celles existantes.

Sur la politique de dépistage, le CNS salue le déploiement du test rapide chez les HSH mais explique que l’incitation au dépistage par les médecins généralistes auprès du grand public a été un échec. Chez les jeunes, alors qu’il est fait obligation d’informer les élèves trois fois par an sur l’éducation à la sexualité, il est impossible de savoir ce qui est fait réellement. Selon le CNS, l’obligation légale est très inégalement et partiellement appliquée.

Le CNS remarque aussi, pour le regretter, que le projet de fusion entre les Centres de dépistage anonyme et gratuits (CDAG) et les Centres d’information, de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissibles (CIDDIST) prévu par le plan n’a pas été réalisé.

FINANCEMENT: «ABSENCE DE TRANSPARENCE»
Sur le nerf de la guerre, le financement, le constat est là aussi sans appel. Le plan mentionne une estimation de coût global des mesures à hauteur de 954 millions d’euros, mais les documents fournis à mi-parcours par la Direction générale de la santé (DGS) sont jugés trop imprécis: «La DGS n’est pas en mesure de rendre compte du financement effectif du plan ni en termes de montant total des crédits alloués ou consommés, ni en termes de répartition, que ce soit par axes, programmes ou mesures, par publics bénéficiaires, par opérateurs ou encore par territoires. Cette absence de transparence du financement de l’action publique prive les instances en charge du pilotage d’éléments d’appréciation importants du suivi de l’exécution du plan.»

Enfin le Conseil national du sida estime que le pilotage public du plan est insuffisant, par manque de leadership national mais aussi, au plan politique, par les contradictions entre les différents ministères. S’il salue l’action des différents ministres qui se sont succédé avenue de Ségur (Roselyne Bachelot-Narquin, Xavier Bertrand, Nora Berra, Marisol Touraine), le CNS critique le gouvernement. L’exemple des mesures prévues pour l’information, la prévention et l’accès aux soins des personnes qui se prostituent est éclairant: de nombreuses actions n’ont pas été mises en œuvre, faute de collaboration entre les ministères. Le CNS conclut son avis en émettant un certain nombre de recommandations, visant à donner la priorité aux actions envers les groupes les plus vulnérables et à renforcer le pilotage national du plan. Analysé pour les années 2010 à 2012, le plan ne pourra définitivement être jugé qu’après 2014. Il reste un an aux pouvoirs publics pour accélérer sa mise en œuvre.

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