Premier film réalisé par Hany Fawzy, déjà auteur de nombreux scénarios, Secrets de famille a pour personnage principal un jeune homosexuel, Marwan (Mohamed Mahran), qui passe de psy en psy pour tenter de se «soigner» de son attirance pour les hommes. Autour de lui gravitent une mère autoritaire, un père émigré aux États-Unis que Marwan considère comme responsable de son orientation sexuelle et un frère violent, victime d’attouchements sexuels qu’il a reproduits sur Marwan. Le scénario, écrit par Mohamed Abdel Qader, est inspiré d’une histoire vraie.

Bien qu’il ne contienne aucune scène de nudité, Secrets de famille a fait l’objet d’une réclamation de la part du comité de censure égyptien pour «atteinte aux bonnes mœurs».

ENTRE CENSURE ET MARKETING
En tout, 13 scènes posaient problème, dont celle où le personnage principal dévoile son homosexualité à sa sœur ainsi que celle où on le sait nu dans un lit, la tête sur l’épaule de son amant. Finalement, après quatre mois de négociations, le film est sorti dans les salles mercredi 22 janvier, amputé uniquement d’un morceau de scène – lorsque le couple est au lit – et d’un terme péjoratif sur l’homosexualité du personnage, a expliqué à Yagg la société de production MAD Solutions.

Sans les 13 passages problématiques, Secrets de famille ne raconterait plus qu’une histoire d’amitié, déplorait le réalisateur Hany Fawzy lors d’une interview au quotidien britannique The Guardian:

«[La relation du héros] ressemblerait à une relation hétérosexuelle. Cela mettrait le film en l’air. Il serait impossible de comprendre le dilemme du personnage, ou sa relation aux autres.»

Racontée par le président du bureau de censure, le réalisateur Ahmed Awaad, l’histoire est un peu différente. Il voit surtout dans la polémique une façon de faire parler du film: «Avant que je sois nommé au bureau de la censure, il y avait déjà une longue histoire avec ce film, a-t-il expliqué au site Mada Masr. En février 2013 le bureau de la censure a demandé que huit changements soient effectués. Le réalisateur et la société de production ont signé un accord. Quand je suis arrivé au bureau de la censure, j’ai découvert qu’ils avaient tourné l’ancienne version, pas celle sur laquelle portait l’accord. Parce que je suis aussi réalisateur, je n’ai pas voulu envoyer Fawzy au tribunal, ce que selon l’ancienne loi j’aurais dû faire. J’ai préféré travailler sur le film. J’ai demandé 13 changements: 12 mots et une scène. Le mot égyptien pour « gay » [qui est insultant, contrairement au mot « homosexuel »] et une scène où deux hommes sont ensemble au lit. Ce qui s’est passé, c’est que pour la première fois un réalisateur a demandé une lettre de refus du bureau. J’ai refusé, je ne voulais pas interdire le film. Ils ont lancé une campagne affirmant que le réalisateur Ahmed Awaad avait refusé Secrets de famille. Au bout de trois mois je lui ai donné la lettre. Il est allé devant le comité des plaintes avec cette lettre. C’était mi-novembre. Mi-janvier il a reçu une autorisation, à condition d’effectuer trois changements.»

L’HOMOSEXUALITÉ COMME UNE MALADIE QUE L’ON PEUT SOIGNER
Ce n’est pourtant pas cette censure qui trouble la communauté LGBT égyptienne mais le sujet même du film. «De ce que j’ai lu, le film traite l’homosexualité de la même façon que tout le monde: c’est une maladie, nous ne sommes pas heureux, nous voulons guérir», craignait Ramy Youssef, avant d’avoir vu le film, cité par The Guardian, qui le présente comme le premier Égyptien à avoir fait son coming-out sur Twitter.

Une crainte confirmée par les auteurs du film. Lors d’une avant-première mardi au Caire, le réalisateur a en effet expliqué être convaincu que des millions d’homosexuels vivent secrètement en Égypte. Pour préparer son film, il a rencontré des homos et des personnes qui «sont passées de l’homosexualité à l’orientation sexuelle classique», rapporte The Cairo Post. Le scénariste est également cité, qui précise avoir voulu montrer que chaque individu devrait avoir la liberté d’être homo ou non: «S’ils ne veulent pas être homos, ils trouveront un traitement». «Le film se termine et n’indique pas quelle orientation Marwan choisira, a-t-il ajouté. (…) Ce film est le premier sur l’acceptation de soi.»

Si la plupart des critiques qui ont vu Secrets de famille en avant-première n’ont rien trouvé à redire, d’autres se montrent beaucoup plus intransigeant.e.s: «Il faut déjà suffisamment lutter au quotidien quand on est homosexuel en Égypte sans avoir à se taper en plus ce putain de film et ses clichés ringards, sa désinformation sordide et son mélodrame mal joué», écrit par exemple la Britannico-Égyptienne Sarah Carr.

«On ne peut qu’imaginer que le film a été obligé de perpétuer les mythes afin de passer la censure, et de peur d’être accusé de promouvoir un mode de vie répugnant.»

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