Dans son article publié sur Buzzfeed, Saeed Jones dénonce avec virulence le traitement médiatique des personnes trans’ en s’appuyant sur la controverse autour d’un article du site Grantland sur Essay Anne Vanderbilt, physicienne et inventrice du club de golf. Son auteur, Caleb Hannan, y raconte l’histoire de cette femme et ses travaux scientifiques, mais s’éloigne de son sujet initial pour dévoiler la vie intime d’Essay Anne Vanderbilt et révéler sa transition, un élément qu’elle lui avait supplié de ne pas dévoiler. Publié le 15 janvier, l’article du journaliste se termine par l’annonce du suicide de la physicienne en octobre dernier.

«C’EST L’IGNORANCE QUI TUE»
Saeed Jones critique aujourd’hui le comportement du site Grantland, l’irrespect et le manque d’empathie pour la personne d’Essay Anne Vanderbilt: «En résumé, une personne a été outée comme trans’ contre sa volonté et a été poussé jusqu’à ses limites et d’une façon ou d’une autre, non seulement un journaliste, mais aussi un rédacteur en chef ont décidé que cette histoire devait être publiée. Ceci n’est pas une éloge funèbre. […] L’article de Grantland, publié le 15 janvier a suscité tout naturellement un débat houleux entre lecteurs/trices, journalistes et militant.e.s à propos de l’éthique, des questions d’outing, et des habitudes des médias dans le traitement des personnes trans’ comme des curiosités plutôt que comme des êtres humains. Certain.e.s ont argumenté que Grantland, un site sur le sport et la pop culture détenu par ESPN [ndlr, un réseau de télévision spécialisé dans le sport], peut difficilement être attendu comme étant avancé pour couvrir les questions LGBT. Mais ce n’est pas une excuse, parce que c’est l’ignorance qui tue.»

JARED LETO CRITIQUÉ
Saeed Jones s’appuie sur d’autres faits récents pour montrer que le traitement médiatique entretient un climat transphobe: il rappelle l’excellente intervention de l’actrice Laverne Cox dans l’émission de Katie Couric, lorsqu’elle avait expliqué que l’obsession de la société pour les corps des trans’ détournait l’attention des réels enjeux et des problèmes des personnes concernées. Mais d’autres exemples sont aussi révélateurs: «Le dimanche suivant quand Jared Leto a reçu le Golden Globe pour sa performance de Rayon, une femme trans’ séropositive dans Dallas Buyers Club, l’acteur a commencé son discours en faisant le tour des sacrifices qu’il a dû faire pour le rôle; principalement, endurer la rigueur de l’épilation à la cire. Comme c’était gentil de sa part de remercier les « Rayons de ce monde » en passant, alors qu’il descendait de la scène. Une semaine plus tard dans le Minnesota, CeCe McDonald, une trans’ de 23 ans condamnée à 41 mois d’incarcération dans une prison d’hommes pour avoir poignardé un homme avec une paire de ciseaux lors d’un crime de haine, a été relâchée. Quand l’histoire a été rapportée par le journal local, The Minneapolis’ Star Tribune, l’article a mis le prénom de McDonald entre guillemets ironiques et a utilisé son prénom de naissance. Quand le journaliste Paul Walsh ne faisait pas référence à McDonald comme un homme, il optait pour « le tueur reconnu ».»

A lire sur Buzzfeed.

JUSTE UNE HISTOIRE A RACONTER
La chaîne ESPN a-t-elle eu tort d’outer une femme trans’? Tel était le point de départ d’un débat mené par le Huffington Post autour de cette controverse sur l’article de Grantland. L’un des invité.e.s, le sportif et militant LGBT Kye Allums, a fait part de son expérience. En tant qu’athlète trans’, lui aussi a souffert du comportement d’ESPN durant sa carrière: «J’en suis passé par là. Quand j’ai fait mon coming-out, ESPN m’avait contacté, ils voulaient que je raconte mon histoire. Alors ils sont venus dans mon école, ils ont filmé. Et la veille de la diffusion, j’ai découvert qu’ils avaient des photos de moi, de quand j’ai plus jeune, qu’ils allaient diffuser mon ancien prénom. Ils avaient des images de ma mère qui parlait de mon coming-out… Je n’étais pas au courant de tout ça, donc je les ai appelé pour leur dire: « Cela me met mal à l’aise, en tant que personne, en tant qu’homme, en tant que personne trans’. Pourriez-vous enlever ça? » Et ils l’ont diffusé quand même. La semaine qui a suivi, j’ai pensé à me tuer. Le suicide est tellement prévalent dans la communauté trans’. 41% des personnes de la communauté ont tenté de se suicider, j’ai été l’une d’entre elles. Et tout ça à cause de quelqu’un qui n’a pas pris le temps de m’écouter, qui s’en foutait, qui ne m’accordait aucune valeur en tant que personne, qui me voyait simplement comme une histoire à raconter.»

A lire sur The Huffington Post.