Dans un très beau texte émouvant et introspectif publié sur le site Africa Is A Country, l’auteur kenyan Binyavanga Wainaina fait son coming-out. Considéré comme un écrivain majeur dans la littérature contemporaine africaine notamment pour son livre One Day I Will Write About This Place publié en 2011, l’écrivain a longtemps hésité avant de parler ouvertement de son homosexualité: «Bien sûr mes amis savaient, explique-t-il mais j’ai envisagé l’idée de comment cela serait utile de faire une déclaration publique pendant pas loin de huit mois.»

«JE SUIS HOMOSEXUEL, MAMAN»
Dans I am homosexual, Mum, Binyavanga Wainaina retrace le fil de sa vie, à travers le décès de ses parents, et comment il aurait pu, s’il avait été présent dans ses derniers instants, dire à sa mère qui il était: «Je ne t’ai jamais ouvert mon cœur, maman. Tu ne me l’as jamais demandé. Seul mon esprit parle. Ça. Pas ma bouche. Mais sûrement le tressaillement de mon souffle et de mon cœur, là, tout près d’elle, a été reçu? Me laisse-t-elle entrer? Personne, personne, jamais dans ma vie n’a entendu cela. Jamais, maman. Je ne t’ai pas fait confiance, maman. Et. Je. J’inspire l’air difficilement et le retiens jusque dans mon nombril, et expire lentement et fermement, proprement et sans à-coups dans ma bouche, distinctement par-dessus l’épaule, dans son oreille. Je suis homosexuel, maman.» Sur le compte Twitter de Binyavanga Wainaina, la publication de son texte a précédé une avalanche de messages de soutiens et de remerciements:

RÉACTIONS AUX LOIS HOMOPHOBES
Au-delà de son coming-out, l’écrivain kenyan a aussi réagi aux différentes législations homophobes qui menacent désormais les LGBT dans plusieurs pays d’Afrique: «Il y a eu d’abord la loi anti-homosexualité en Ouganda, puis une au Nigeria! C’est un pays où je vais, j’y suis allé trois fois l’an dernier, c’est un endroit que j’aime, c’est comme une deuxième maison pour moi. C’est dur d’imaginer d’autres lois répressives de quelque sorte que ce soit dans le monde. C’est juste la chose la plus terrible.» Au Kenya, l’homosexualité masculine est cependant encore réprimée par la loi selon le Code pénal, et la société accepte mal les personnes LGBT, comme dans la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne.

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