Dans un rapport annuel publié pour la deuxième année consécutive par le ministère des Affaires étrangères russe, l’Europe est vivement critiquée pour sa «propagande agressive de l’amour homosexuel», rapporte l’agence russe Ria Novosti, dont le dirigeant a été nommé par Vladimir Poutine. L’Union européenne défendrait «un étrange point de vue selon lequel l’homosexualité et le mariage de deux personnes de même sexe sont normaux», peut-on lire dans ce rapport paru ce mardi 14 janvier.

«QU’ON ARRÊTE DE PROMOUVOIR L’HOMOSEXUALITÉ AUPRÈS DES ENFANTS»
«L’Europe dissémine ses valeurs néo-libérales comme si elles relevaient de style de vie universel pour tous les membres de la communauté internationale», reproche la Russie qui relève également une «montée croissante de la xénophobie, du racisme, du nationalisme violent, du chauvinisme et du néo-nazisme en Europe». Cette offensive diplomatique du gouvernement de Vladimir Poutine démontre que le pays hôte des Jeux olympiques de Sotchi n’entend pas subir sans riposter les critiques quant à sa politique relative aux personnes LGBT.

À la télévision russe (les propos ont été rapportés et traduits par BuzzFeed), la maire d’un des deux villages olympiques de Sotchi (le village d’altitude), Svetlana Zhurova, a défendu la légitimité de la loi «anti-propagande homosexuelle». Médaillée d’or aux JO de Turin en 2006, cette patineuse de vitesse est entrée en politique. Députée de la Douma et mère de famille, elle a voté en faveur de cette loi «pour que l’on arrête de promouvoir [l’homosexualité] auprès des enfants». «Je crois tout simplement que l’on ne devrait pas montrer un dessin animé à la télévision où – pardonnez-moi, j’ai deux garçons – un roi tombe amoureux d’un autre roi», a-t-elle indiqué. Sur le ton de la plaisanterie, elle a ajouté: «Si une personne dit être Napoléon, on l’emmène directement dans une institution appropriée. Si un homme dit qu’il est une femme, on ne fait rien, il se bat pour ses droits!»

PERSONNE POUR PROTÉGER LES HOMOS ET LES TRANS’
Si la députée et le gouvernement russe prétendent protéger les mineur.e.s, la réalité est toute autre. Vice diffuse une série de reportages intitulée «Jeune et homo dans la Russie de Poutine». On y fait la connaissance de militant.e.s pour les droits des LGBT confronté.e.s à l’indifférence de l’État quant aux violences que subissent les personnes LGBT. L’ignorance des forces de l’ordre et plus largement de l’opinion publique contribuent à entretenir une atmosphère où la violence homophobe et transphobe est légitime. Sur place, les militant.e.s estiment qu’il y a eu une hausse du nombre de suicides.

«La loi interdit de dire aux mineur.e.s que l’homosexualité est normale, explique la journaliste en guise de préambule. Cela signifie que quand on a 16 ans et qu’on vient de réaliser qu’on est homo, on ne peut en parler à personne, car il est illégal que des parents, des enseignant.e.s ou des psychologues disent qu’être homo n’est pas un problème.»

Passé.e.s à tabac, humilié.e.s, et parfois tué.e.s, les personnes LGBT tentent malgré tout d’organiser des manifestations ou tout simplement de prendre des cours d’auto-défense.

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Si le CIO n’a toujours pas exprimé la moindre réserve sur la politique de la Russie à l’égard des personnes LGBT, l’un des vice-présidents de l’organisation, l’Italien Mario Pescante, a estimé lors d’une réunion du Comité olympique italien ce mercredi 15 janvier que les États-Unis en font trop, comme le rapporte Associated Press:

«C’est absurde qu’un pays comme celui-ci envoie quatre lesbiennes en Russie juste pour montrer que dans leur pays, les droits des homos sont bien respectés. Les Jeux ne devraient pas servir de tribune pour promouvoir des droits que le monde du sport soutient au quotidien.»

Les délégations qu’enverront les États-Unis aux cérémonies d’ouverture et de clôture compteront en réalité deux athlètes lesbiennes, Billie Jean King et Caitlin Cahow, et un sportif gay, Brian Boitano. Interrogé ensuite par l’agence Associated Press, Mario Pescante a précisé qu’il souhaitait simplement que «la politique n’interfère pas avec les Jeux olympiques».

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