Depuis plus de 10 ans, le site Hexagone Gay recense et archive les œuvres et les supports relatifs à l’histoire et à la culture de la communauté LGBT. Le 6 janvier 2014, les administrateurs/trices du site ont reçu un message d’avertissement de la part de Google Adsense, leur intimant de retirer plusieurs photos du site sous 72 heures. Ce programme, qui permet de générer des revenus en diffusant de la publicité sur son site web, a en effet établi une politique drastique concernant les images mises en ligne sur les sites où il est installé:

«Il est interdit de diffuser des annonces Google sur des pages dont le contenu est réservé à un public adulte ou averti. Cela concerne, sans toutefois s’y limiter, les pages présentant des images ou des vidéos avec le contenu suivant: nudité habilement dissimulée, vêtements transparents, poses obscènes ou provocantes, gros plans sur des poitrines, des postérieurs ou des organes génitaux.»

Hexagone Gay s’interroge: «Mais où s’arrête et où commence la pornographie? L’homosexualité est-elle par définition de la pornographie ou réservée à un public adulte et averti?» En effet, les deux photos incriminées sont en fait des images incontournables des années 70, la photo de l’affiche de Michel Polnareff dévoilant son postérieur en 1972, et celle d’Yves Saint Laurent, posant nu devant l’objectif de Jeanloup Sieff en 1971. Deux œuvres cultes… mais non conformes aux principes de Google Adsense.

POUR GOOGLE, TOUT LE MONDE EST LOGÉ A LA MÊME ENSEIGNE
Contacté par Yagg, les services de Google répondent que les conditions sont les mêmes pour tout le monde. L’entreprise garantit aux annonceurs que leurs publicités ne se retrouveront pas sur des pages où figurent des images de nudité, de violence, ou autre contenu jugé contraire à ses principes. Mais tout cela sans vouloir porter préjudice au contenu du site: «Nous sommes conscients que ce type de contenu peut être interprété différemment selon les pays et les milieux culturels. Nous tenons cependant à imposer les mêmes restrictions relatives au contenu à l’ensemble des éditeurs, afin de préserver, de par le monde, un écosystème publicitaire robuste et ne présentant aucun danger.» Il existe trois moyens pour Google AdSense de vérifier les contenus des sites: des contrôles algorithmiques, des contrôles aléatoires directement sur les sites et la possibilité pour les internautes de signaler un contenu allant à l’encontre du règlement.

HEXAGONE GAY RÉSISTE
Au risque de voir Google Adsense suspendre son compte, le site Hexagone Gay n’a pas retiré les deux photos concernées:

«Hexagone Gay a fait le choix de ne pas se censurer. Résultat: Google a désactivé ses annonces sur la totalité des pages du site, sans recours possible.»

Mais au-delà de la censure, les administrateurs/trices du site soulignent l’impossibilité d’établir un dialogue avec Google ou de lui faire parvenir une réclamation. Dans son communiqué de presse, Hexagone Gay dénonce le «monopole» de Google Adsense et rappelle en quoi l’entreprise est toute-puissante: «Certains sites ne pourraient plus paraître sans cette ressource. Au-delà de cela, la société Google a droit de vie ou de mort sur tous les sites puisque sans son moteur de recherche représentant 94 % des requêtes effectuées par les internautes français, la visibilité des sites est totalement dépendante de son bon vouloir.»

«MORALITÉ RÉTROGRADE ET HYPOCRITE»
«Après plus de 40 ans de luttes des homosexuels pour devenir des citoyens à part entière, pour modifier les législation discriminantes, pour sortir l’homosexualité du placard de la honte où elle était condamnée à se cacher, ce sont quelques sociétés privées américaines qui décident d’imposer au monde leur vision pudibonde, leur moralité rétrograde et hypocrite, poursuit Hexagone Gay. Elles imposent leur « règlement » comme étant au dessus des lois puisqu’elles autorisent des sites racistes, violents et contraires à la loi et font fermer des sites parfaitement légaux qui ne correspondent pas à leur idéologie et leur moralité inspirée par les mormons américains.»

Un message du même type que celui reçu par Hexagone Gay était parvenu à la rédaction de Yagg en avril 2013. Deux images étaient concernées: l’une illustrait un article sur l’agression homophobe d’une adolescente aux Etats-Unis, l’autre était le visuel d’un post du blog «Beautiful People». Malgré nos tentatives pour entrer en contact avec la firme, l’avertissement avait abouti à la désactivation de la diffusion d’annonces sur Yagg et à une perte de revenus conséquente.