Depuis plusieurs mois, le débat sur la laïcité secoue la société québecoise. La communauté LGBT n’échappe pas aux polémiques. Alors que la commission parlementaire sur le projet de loi sur la Charte des valeurs débute son travail aujourd’hui, deux groupes LGBT dont les positions sont divergentes seront entendus parmi les 270 appelés à s’exprimer.

DEVOIR DE NEUTRALITÉ ET INTERDICTION DES SIGNES RELIGIEUX
Avec son projet de loi sur la Charte des valeurs québecoises, le ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne Bernard Drainville, émet cinq grandes propositions: l’inscription de la neutralité religieuse de l’État et le caractère laïque des institutions publiques, l’établissement d’un devoir de réserve et de neutralité religieuses pour le personnel de l’État dans l’exercice de ses fonctions, l’interdiction du port de signes religieux facilement visibles pour le personnel de l’État, l’obligation du personnel de l’État d’effectuer ses missions à visage découvert et une politique de mise en œuvre pour l’application de la loi à l’ensemble des ministères et des organismes de l’État.

«POUR UN QUÉBEC INCLUSIF» CONTRE «LGBT POUR LA LAÏCITÉ»
Dans la communauté LGBT, deux voix s’opposent sur ce projet de loi. D’un côté, «Pour un Québec Inclusif», qui désapprouve l’initiative du gouvernement: «On veut restreindre sans motif valable les droits fondamentaux d’une minorité en se fondant sur le malaise d’une majorité, explique Rémi Bourget sur son blog. On pourrait, à ce compte, fonder une décision semblable à l’égard de la communauté LGBT qui a longtemps suscité un malaise chez la majorité, ce qui est heureusement moins le cas aujourd’hui, grâce, notamment, à l’éducation, à la médiation, et à la législation relative aux droits de la personne. Si nous pouvons nous permettre ce parallèle, l’armée américaine a longtemps demandé à ses membres LGBT de rester dans le placard de la même façon qu’on demande aujourd’hui à des croyants de laisser une partie de leur identité « au vestiaire », pour reprendre les mots du ministre de la Santé. La politique Don’t ask don’t tell, que l’on justifiait au nom de l’unité au sein du groupe, donnait raison à ceux qui ressentaient un malaise, et non à ceux qui avaient des droits.» Plusieurs personnalités, dont le réalisateur Xavier Dolan, la militante féministe Manon Massé et Alexa Conradi, présidente de la fédération des femmes au Québec, soutiennent d’ailleurs officiellement «Pour Un Québec Inclusif»: «Nous voulons que le débat entourant la laïcité de l’État cesse d’être un débat sur l’ethnicité, la question identitaire et la symbolique, puisque ce type de débat risque parfois un glissement vers l’émotivité, voire l’irrationnel, affirment-ils et elles dans le mémoire qui a été remis à la commission. Nous croyons que le débat sur l’intégration des nouveaux/elles immigrant.e.s ainsi que sur la laïcité doit tenir compte des réalités des membres de nos communautés.»

De l’autre côté, le groupe «LGBT pour la laïcité», créé par André Gagnon, regroupe des personnes qui soutiennent le projet du gouvernement: «Considérant que la plupart des religions condamne l’existence même des membres de notre communauté et les considère comme des « abominations », les membres de LGBT pour la laïcité considèrent qu’il est primordial de doter notre communauté d’une voix citoyenne pour représenter nos intérêts auprès du public et des gouvernements. […] Nous affirmons que l’État doit poursuivre sa démarche de sécularisation en cessant d’accorder des privilèges aux différentes religions.» La militante et blogueuse trans’ Michelle Blanc fait notamment partie des soutiens du collectif. Elle présentera un mémoire personnel devant la commission. «Sans la progression de la séparation des églises et de l’État, depuis 50 ans, nous n’aurions jamais acquis l’égalité juridique dont nous jouissons aujourd’hui, assure André Gagnon. Nous devons toutefois vivre constamment avec les privilèges religieux dont l’exemption accordée en vertu du Code criminel pour la propagande haineuse qui permet aux religieux de continuer à faire leur propagande homophobe à l’abri de toute poursuite. Nous savons trop ce que peuvent occasionner ces accommodements religieux qui portent atteinte à notre dignité.»

NE PAS OPPOSER LES MINORITÉS
C’est dans ce contexte tendu que l’Association des musulmans et des arabes pour la laïcité au Québec (Amal Québec) a commencé à contacter différentes associations, dans le but de tisser des liens avec les minorités. Comme l’explique Haroun Bouazzi, l’objectif est de lutter contre la division et de ne pas opposer les luttes: «Tous les Québécois ne sont pas racistes ou islamophobes, tous les musulmans et les arabes ne sont pas homophobes ou machos, tous les homosexuels ne sont pas religiophobes. Il faut créer des passerelles pour apprendre à se connaître et à vivre ensemble.»

Photo Assembléetest