Lundi, la mannequin Carmen Carrera et l’actrice Laverne Cox étaient les invitées de l’émission de divertissement de la journaliste Katie Couric sur la chaîne ABC, aux États-Unis. Durant l’interview, l’animatrice a posé plusieurs questions concernant sa transition à Carmen Carrera, laquelle a été visiblement mal à l’aise de l’insistance de Katie Couric sur ses opérations chirurgicales et a refusé de lui répondre.

Katie Couric s’est plus tard tournée vers Laverne Cox, pour savoir si la réticence de la mannequin lui paraissait justifiée: «Vous savez, je suis curieuse parce que je crois que chacun.e d’entre nous veut être éduqué.e et Carmen s’est en quelque sorte un petit peu dérobée quand je lui ai parlé de sa transition et elle a dit que les gens qui ne sont pas éduqués sur cela ou qui ne connaissent pas de personnes trans’ sont préoccupés par la génitalité, et je me demande si vous pensez que c’est vrai et si vous avez le même sentiment que Carmen à ce sujet.»

De façon calme et claire, après avoir remercié Katie Couric de s’intéresser à la question, Laverne Cox a montré son soutien à Carmen Carrera et a expliqué à l’animatrice et à l’Amérique entière pourquoi les questions sur la transition, au-delà d’être intrusives, éloignaient des réels problèmes auxquels les personnes trans’ sont confrontées au quotidien:

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«Je sens effectivement que cela préoccupe les gens et je pense que s’intéresser à la transition et à la chirurgie dépersonnalise les personnes trans’. Du coup, on ne s’occupe pas vraiment des expériences vécues dans la vraie vie.

«La réalité des personnes trans’ dans leurs vies est que nous sommes souvent victimes de violences. Nous faisons l’expérience de la discrimination de façon disproportionnée par rapport au reste de la communauté. Notre taux de chômage est deux fois plus élevé qu’au niveau national, et pour une personne trans’ de couleur, c’est quatre fois plus élevé. Le taux d’homicide dans la communauté LGBT est le plus haut parmi les femmes trans’.

«Alors si on se concentre sur la transition, on ne va pas parler de ces choses-là. Il y a cette jeune femme qui s’appelait Islan Nettles, qui, le 17 août, marchait dans la rue avec ses ami.e.s, elle n’embêtait personne, et elle s’est fait siffler par quelques mecs, et quand ils ont compris qu’elle était trans’, ils l’ont frappée jusqu’à ce qu’elle tombe dans le coma et cinq jours plus tard, elle est morte. C’est la réalité de tellement de personnes trans’ dans ce pays. Les femmes trans’ de couleur, dont la vie est en danger simplement parce qu’elles sont ce qu’elles sont. Et nous réclamons justice pour le meurtre d’Islan, nous réclamons justice pour tellement de personnes trans’ dans ce pays.

«En se concentrant sur nos corps, on ne se concentre pas sur les réalités de l’oppression et de la discrimination.»