L’écrivain et producteur Arthur Dreyfus s’est fendu d’une tribune sur le site de Rue89 sur un des sujets qui enflamme en ce début d’année, la tristement célèbre quenelle. Il établit un lien entre ce geste, qu’il qualifie de «fourre-tout» («tantôt antisémite, tantôt « antisystème »») popularisé par Dieudonné, et cette étrange fascination de l’«humoriste» mais aussi de certains penseurs d’extrême-droite comme Alain Soral, pour la sodomie et pour une certaine représentation de l’homme et de la virilité. Extraits:

«Souvent en matière d’esprit, le langage nous renseigne par-delà les espérances. En l’espèce, la monomanie de Dieudonné est presque trop limpide: «Glisser une petite quenelle, nous explique-t-il, ça a une dimension… dans le cul quoi, carotte dans le cul.» La «double quenelle» est plus savoureuse: «Une dans ta bouche, une dans ton cul.» […] Le fantasme ne s’arrête assurément pas au phénomène de la quenelle, qui ne fait qu’attester une «pulsion scopique», et son besoin de l’exhiber. Les sketches de l’humo-raciste (je n’arrive pas à écrire « humoriste ») débordent de renvois à ce qui semble constituer le tabou suprême de certains hommes (en d’autres termes, leur désir ultime). Tout « baratin politique » est foutu «droit dans [ton] cul», une faible ouverture d’esprit sera comparée à l’ouverture limitée «d’un sphincter» – muscle fétiche de Dieudonné, lequel conseille systématiquement à ses opposants de se le détendre (le sphincter). Au-delà des expressions, on retrouve chez Dieudonné toute la panoplie des clichés d’une homosexualité refoulée, transmuée en homophobie de salle de garde: blagues sur les savonnettes dans les douches, peur de se «mettre la communauté gay à dos», enculade comme menace suprême, jusqu’à la caricature automatique du moindre amour entre deux hommes.»

« «Je suis encore un homme, j’ai des couilles», affirme Soral (se réclamant au passage des «mecs de banlieue» qui «malgré tous leurs défauts, sont encore des hommes.») Ensuite, on fera le compte: «J’ai été un mondain parce que je tirais des gonzesses. J’ai été un prédateur.» On n’oubliera pas de se départir des pas-assez-virils: «J’ai vu le monde se transformer en fiotasses, en sous-hommes. […] Vous avez vu le physique des animateurs de Canal+? Si je souffle, ils s’envolent.» Enfin, on tâchera de suggérer sa propre virilité par tous les moyens possibles: enfilage de collants noirs moulants accompagnés de sautillements délicats dans le DVD La leçon du père Soral, initiation à la boxe française, scènes érotiques des années 80 diffusées sur un écran d’ordinateur en arrière-plan quand le polémiste s’adresse à sa caméra – jusqu’à cette confession bouleversante: «Je roule à moto depuis toujours.» »

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