Depuis qu’ils/elles ont découvert la «théorie du genre», les opposant.e.s à l’égalité des droits durant les débats sur le mariage pour tous continuent de la servir à toutes les sauces. Pour remettre les pendules à l’heure, Le Nouvel Obs a interviewé celle qui a, non pas découvert le «Djendeur», mais figure comme une théoricienne majeure des gender studies aux États-Unis, Judith Butler. Une interview qui contredit les jugements à l’emporte-pièce et les fantasmes de ceux et celles qui continuent de s’opposer à l’enseignement de l’égalité homme-femme. Si ceux et celles qui se sont déjà penché.e.s sur les ouvrages de Judith Butler n’apprendront sans doute rien de bien nouveau sur ces travaux, les autres pourront au moins se faire une idée un peu plus juste des fameuses études de genre. Extrait:

«Les études de genre ne décrivent pas la réalité de ce que nous vivons, mais les normes hétérosexuelles qui pèsent sur nous. Nous les avons reçues par les médias, par les films ou par nos parents, nous les perpétuons à travers nos fantasmes et nos choix de vie. Elles nous disent ce qu’il faut faire pour être un homme ou une femme. Nous devons sans cesse négocier avec elles. Certains d’entre nous les adorent et les incarnent avec passion. D’autres les rejettent. Certains les détestent mais s’y conforment. D’autres jouent de l’ambivalence… Je m’intéresse à l’écart entre ces normes et les différentes façons d’y répondre.»

Elle a également écrit:

«Je n’ai jamais pensé qu’il fallait un monde sans genre, un monde post-genre, de même que je ne crois pas à un monde post-racial. En France, des élus de gauche ont demandé qu’on supprime le mot « race » de la Constitution. C’est absurde! Cela revient à vouloir construire un monde sans histoire, sans formation culturelle, sans psyché… Nous ne pouvons pas faire comme si la colonisation n’avait pas eu lieu et comme s’il n’existait pas des représentations raciales. De même, à propos du genre, nous ne pouvons pas ignorer la sédimentation des normes sexuelles. Nous avons besoin de normes pour que le monde fonctionne, mais nous pouvons chercher des normes qui nous conviennent mieux.»

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Photo Andrew Rusk