Le Net Gay Baromètre commence à livrer ses résultats et permet de dresser un portrait détaillé des plus de 15000 répondants, des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). En plein débat sur la prostitution et la pénalisation des clients des travailleurs/euses du sexe, Alain Léobon, créateur du Net Gay Baromètre, a choisi de livrer une analyse du profil des gays et des HSH déclarant des rapports sexuels tarifés et de leur clients.

QUI SONT LES TRAVAILLEURS DU SEXE GAYS?
Les répondants ayant déclaré avoir reçu de l’argent, des biens ou des services en échange de relations sexuelles représentent 5.6 % de l’échantillon. La presque totalité de ces hommes (85,6 %) déclare négocier ces relations contre de l’argent, 20,1 % contre des cadeaux, 16,9 % contre des services, 7,2 % contre de la drogue et 4,2 % contre de l’argent dans le but d’acquérir de la drogue.
Comparés aux autres répondants, ces hommes sont significativement plus jeunes, deux fois plus nombreux à avoir moins de 1000 euros de revenu par mois, plus souvent issus d’une minorité visible. Ils déclarent plus souvent un sentiment d’appartenance à la communauté gay en étant plus nombreux à fréquenter régulièrement des espaces identifiés comme  gays, en particulier les établissements et les lieux de sexe.

Leur première relation sexuelle a eu lieu plus tôt soit, en moyenne, à l’âge de 16 ans contre 19 ans pour les autres répondants, même si leur génération permet d’expliquer en partie cet écart. Si 17.5 % se déclarent séropositifs, ils sont surtout plus nombreux à «ne plus être certains d’être séronégatifs» (11.5 % contre 5.9 %), ceci pouvant s’expliquer par leur grand nombre de partenaires occasionnels.

Fréquentant Internet à des fins de rencontre de manière plus intense, ces hommes ont plus souvent un compte sur les réseaux sociaux, utilisent plus souvent des applications géolocalisantes de type Grindr.

PLUS DE PARTENAIRES
Les répondants du Net Gay Baromètre ayant au moins un partenaire tarifé dans l’année déclarent en moyenne trois fois plus de «plans» pour une moyenne de 52.4 partenaires différents. Ils sont aussi deux fois plus nombreux à avoir déclaré au moins une partenaire occasionnelle femme dans les 12 derniers mois. Leurs partenaires tarifés sont deux fois moins nombreux puisqu’ils n’en déclarent en moyenne que 26 dans la dernière année. Lorsqu’ils sont interrogés sur l’âge moyen de leurs partenaires occasionnels, celui-ci se situe autour de 32 ans, alors que l’âge moyen de leurs clients est, logiquement, plus élevé, se situant autour de 41,5 ans ans. Pour Alain Léobon, «leur sexualité semble s’organiser de manière intense avec des partenaires de leur âge alors qu’ils tarifient leurs partenaires plus âgés».

DES PRATIQUES SEXUELLES DIFFÉRENTS AVEC LEURS CLIENTS
Environ la moitié des répondants ayant déclaré des partenaires tarifés dans les 12 derniers mois précisent que leurs pratiques sont différentes avec leurs clients et ils déclarent avec eux moins souvent de sodomie passive et moins fréquemment de pratiques bareback.

Nettement plus engagés dans la consommation de drogues que les autres répondants, ils sont deux à trois fois plus nombreux à déclarer consommer de grandes quantités d’alcool mais aussi du cannabis, du poppers, de l’ecstasy ou de la cocaïne. Pour la grande majorité, ce n’est pas avec leurs clients que cette consommation a lieu, puisqu’ils ne sont que 21,8% à déclarer que leur consommation se pratique dans le cadre de leurs relations sexuelles tarifées. Il ne semble pas non plus que ce soit leur consommation qui les amène à monnayer leurs relations puisqu’ils ne sont que 4,2 % à déclarer avoir tarifé leurs partenaires pour acheter de la drogue et sont seulement 7,2 % à avoir accepté un client en échange de drogue.

PLUS DE PRISE DE RISQUES… MAIS PAS AVEC LEURS CLIENTS
Les répondants ayant monnayé des relations sexuelles sont plus nombreux à déclarer au moins une pénétration anale non protégée (PANP) avec des partenaires occasionnels (72,8 % contre 52,4 % pour les autres répondants) dans les 12 derniers mois, comme à s’engager dans des prises de risques régulières (49,2 % contre 33,7 %), voire systématiques (10,4 % vs 5 ,9 %). Assez logiquement, ils sont nombreux à déclarer des pratiques bareback avec un moindre souci de séroadaptation. Par exemple, ils sont plus nombreux à avoir eu des pratiques bareback avec un partenaire occasionnel au statut sérologique différent du leur que les autres répondants. Conséquemment, ils sont plus nombreux à avoir déclaré au moins une IST dans l’année (30,6 % contre 18,8 %) et à avoir eu recours au Traitement Post Exposition (6,8 % vs 2 %). Cependant, comme pour les pratiques ou leur consommation de substance, ces hommes semblent s’exposer moins souvent avec leurs clients. En effet, moins d’un sur deux rapporte au moins une pénétration anale non protégée avec un partenaire tarifé et 39% déclarent des PANP régulières avec des clients (contre, respectivement, 72,8% et 49,2% avec leurs partenaires non tarifés). Ils sont cependant 12.1 %, parmi ceux qui ont déclaré une PANP dans un cadre tarifié, à préciser l’avoir subie «sans consentement préalable». Les plus jeunes ne se protègent pas plus que les travailleurs du sexe plus âgés.

UN GROUPE À L’INTERSECTION DE MULTIPLES DISCRIMINATIONS
Ces hommes qui déclarent des relations tarifées se disent plus fréquemment victimes d’injures et d’agressions. Ils déclarent aussi plus souvent des idées suicidaires, un sentiment de solitude, la recherche de sensations fortes. Par ailleurs, ce groupe se trouve à l’intersection de multiples discriminations. En effet, ils se sentent plus souvent discriminés sur la base de leur orientation sexuelle, de leurs origines ethnoculturelles, de leur identité de genre ou de leurs manières, de leur séropositivité et, assez logiquement, sur la base de leur activité de «travailleur du sexe» et ce particulièrement dans le milieu gay.

QUI SONT LES CLIENTS?
Parmi les répondants au Net Gay Baromètre qui proposaient une compensation lors de relations sexuelles, l’âge moyen était de 45,4 ans et l’âge moyen des partenaires tarifés était de 27,3 ans. La recherche d’escort s’effectuait le plus souvent dans les mêmes espaces que ceux que privilégient les travailleurs du sexe de l’échantillon du Net Gay Baromètre: sites de rencontre gays ou mixtes (55,1 %), sites d’annonces généralistes (50.8 %) ou sites d’escortes spécialisés (31,0 %). Plus du quart de ces hommes rémunérant certains de leurs partenaires rapportent avoir régulièrement développé des sentiments envers leurs partenaires tarifés.

Les clients ne rapportent en moyenne que 5,5 partenaires rémunérés par année, vraisemblablement parce que leur recours à de tels partenaires est relativement rare: 90,7 % (n=598) d’entre eux déclarent des relations tarifées seulement «rarement ou parfois».

Sur le plan des comportements sexuels à risque, 44,5 % des clients rapportent au moins une pénétration anale non protégée avec un partenaire tarifé, et le tiers déclare des PANP régulières. En ce qui concerne leurs pratiques sexuelles, seuls 31 % (n=204) des clients rapportent des pratiques sexuelles différentes avec les hommes qu’ils paient de celles qu’ils ont habituellement avec leurs partenaires occasionnels.

Pourquoi ces hommes ont-ils recours plus fréquemment à des travailleurs du sexe? Les variables permettant de prédire un plus fort engagement dans l’achat de services sexuels sont: le fait de ne pas être satisfait de son apparence physique, de chercher à développer des sentiments avec ces partenaires rémunérés et d’être plus souvent préoccupé par les comportements sexuels à risque. Pour Alain Léobon, «ces résultats dressent, eux aussi, un portrait contrasté de ces hommes, très éloignés du cliché véhiculé par les médias. Il va de soi que pénaliser ces hommes ne pourra nullement les aider à retrouver une meilleure estime d’eux-mêmes.»
Dans la conclusion de cette analyse, Alain Léobon estime que «le groupe des répondants ayant déclaré des partenaires sexuels tarifés n’est pas homogène». Toujours selon Alain Léobon, ces hommes «semblent plutôt de grands consommateurs sexuels développant un grand registre de pratiques qui, pour la grande majorité, tarifieraient « accessoirement » un certain nombre de leurs partenaires, possiblement trop âgé ou trop éloigné de leur goût. Quoi qu’il en soit, les répondants ayant déclaré avoir reçu de l’argent, de la drogue, des biens ou des services en échange de relations sexuelles s’exposent à des risques clairement identifiés, mais, contradictoirement, nettement moins souvent avec leurs clients. Cependant, le renforcement de la position abolitionniste de la France rendra encore plus difficile l’accès à ces populations.»

QU’EST-CE QUE LE NET GAY BAROMÈTRE?
Menée par Alain Leobon, l’enquête en ligne Net Gay Baromètre (à ne pas confondre avec L’Enquête presse gays et lesbiennes) dresse, tous les deux ans, un portait des internautes français fréquentant les sites de rencontre gays et vise à circonscrire la manière dont ces hommes vivent leur sexualité et la prévention avec des partenaires occasionnels ou réguliers.
Les répondants furent recrutés en ligne, entre décembre 2012 et novembre 2013 (n=15 532), à partir de 9 sites de rencontre représentatifs de la diversité des cultures de sexe gay, du réseau social Facebook, ainsi que des réseaux de contenu Google. Yagg était partenaire de cette enquête.