Dans sa chronique du 21 novembre, au lendemain de la Journée internationale en souvenir des victimes de la transphobie ou TDoR, Régis Mailhot s’est allégrement moqué de la communauté trans’ pendant l’émission animée par Stéphane Bern À la bonne heure!, sur RTL. L’humoriste a jugé original et de bon goût d’enchaîner blagues transphobes et mépris affiché pour les personnes trans’, ainsi que pour les prostitué.e.s, en les faisant passer pour des bêtes de foires:

«Et oui l’incroyable est arrivé, Franck Ribéry ira bien jouer à la baballe au pays de Zahio. Oui, Zahio est la grande sœur de Zahia. D’ailleurs puisqu’il est question de messieurs dames, hier, nous célébrions la journée du souvenir trans’ en souvenir des violences faites aux personnes transsexuelles.»

Première fine analogie de Régis Mailhot sur le thème du Brésil, car qui dit Brésil dit trans’, et qui dit trans’ dit prostituée. Équation sûrement logique à ses yeux, même si à proprement parler Zahia Dehar n’a aucun lien avec le Brésil. Sans oublier le très délicat «messieurs dames» que les personnes trans’ apprécieront. Régis Mailhot embraie sur le TDoR avec une empathie toute particulière…

«Une journée qui me touche particulièrement. Saviez-vous que la France est le premier pays au monde à ne plus considérer le transsexualisme comme une maladie mentale? Ah, ça nous arrange un peu au bureau, hein? Ça va vous changer la vie, Patrice Carbouse… ou devrais-je dire Lola Carbousia, sosie officiel de Catherine Lara chez Michou. Didier Porte, qui le soir venu troque son uniforme de Staline pour enfiler les robes de Louise Michel. Stéphane, plus besoin de cacher vos robes de Mireille Mathieu et vos perruques de vieilles chanteuses grecques que vous portiez en honteuse le dimanche après-midi blotti en larmes enfermé dans la salle de bain familiale. Ce n’est pas mal, c’est la nature voilà. En France, depuis 2 ans, la loi stipule que les transsexuels ne sont plus considérés comme des malades mentaux. Ouf. Ouf, en revanche si les travelos n’ont pas de problèmes neurologiques, certains automobilistes de la porte Saint Cloud continuent à avoir de sérieux problèmes oculaires. Hein, il faut leur dire, à ces braves pères de famille qui roulent en seconde dans les contre-allées de Roland Garros, qu’un clitoris de 20 cm avec du rouge à lèvres, ça n’existe pas… Ou alors une vieille grand-mère négligée.»

Enfin, un outing vient clore ce festival de plaisanteries grasses:

«Alors, pour conclure cette chronique un peu, un petit peu engagée, hein, et sale surtout, on peut dire que c’est engagé… C’est une nouvelle d’ailleurs, cette journée pour les trans’ et une nouvelle saluée par toute la profession, à notre confrère Amanda Lear qui travaille sur le périph, heu, sur une radio périphérique, pardon. Amanda Lear, un symbole pour la lutte de la différence puisqu’elle a prouvé depuis plus de vingt ans aux côtés de Philippe Bouvard que les travelos avaient un cerveau et que l’on pouvait avoir à la fois une grosse tête et une… À demain!»

Entendre parler du TDoR à l’antenne d’une grande radio aurait pu être une bonne nouvelle. Pourtant, parler des trans’ reste cantonné à faire un sujet moqueur sur des «messieurs dames» qui suscitent la raillerie et le dédain. Car aux côtés du chroniqueur, tout le monde s’esclaffe copieusement, même Stéphane Bern, ouvertement gay, n’a pas réagi pour signaler le manque de respect évident de la chronique. Pour Clémence Zamora-Cruz, co-porte-parole des questions trans’ à l’Inter-LGBT, cette chronique est une forme de transphobie non-violente mais psychologiquement lourde pour les personnes concernées… et extrêmement fréquente dans les médias: «Les trans’ sont une cible qu’il est facile d’attaquer en s’appuyant sur le mécanisme de la moquerie, où ils/elles deviennent la risée de la société. Cela relève d’une profonde méconnaissance.» Elle insiste notamment sur le fait que d’autres communautés auraient elles aussi été indignées et choquées d’entendre que l’on peut rire sur le dos de leurs morts: «Il est important que les médias se remettent en cause et que les 238 personnes trans’ disparues cette année et dont nous commémorions le souvenir le 20 novembre dernier ne soient pas un prétexte pour ce genre de chronique grotesque».

Via Txy.fr.

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