La capote est-elle devenue has been chez les gays? C’est le constat que l’on peut tirer des résultats de l’Enquête presse gays et lesbiennes 2011 (EPGL), tels qu’ils ont été décryptés par Annie Velter, sa responsable scientifique pour le Bulletin Epidemiologique Hebdomadaire qui est publié aujourd’hui.

L’UTILISATION DU PRÉSERVATIF DIMINUE
Parmi une masse très importante de données récoltées en 2011 auprès de près de 11000 Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), une tendance déjà observée lors des précédentes enquêtes se confirme. L’usage du préservatif se fait moins systématique chez les gays, quel que soit leur statut sérologique. Moins d’un gay sur deux (47%) protège systématiquement ses rapports sexuels avec des partenaires occasionnels. Depuis 1997, l’utilisation systématique du préservatif ne cesse de diminuer et ce quel que soit le statut sérologique des répondants. Elle est passée de 68% en 1997 à 47% en 2011.

Si on va dans le détail, cette tendance lourde d’abandon du préservatif est plus prononcée chez les séropositifs. Moins d’un sur cinq utilise une capote pour la pénétration anale avec ses partenaires occasionnels. Chez les séronégatifs, ils sont 58% à l’utiliser. Chez les séro-interrogatifs, ce chiffre est de 40% et de 49% chez les non testés.

LA RÉDUCTION DES RISQUES, PAS POUR TOUT LE MONDE
L’autre information importante de cette enquête concerne la réduction des risques. Si les gays qui ont répondu à l’EPGL n’utilisent pas le préservatif, ont-ils pour autant adopté d’autres stratégies de réduction des risques? Oui, mais pas suffisamment pour avoir un impact sur l’épidémie. La moitié des séropositifs pratique la réduction des risques liée au contrôle de l’infection par le VIH. Concrètement, ils se savent séropositifs, déclarent être en traitement efficace et ne pas avoir d’Infections sexuellement transmissibles. D’après les dernières recherches publiées dans le monde, c’est le cas de figure où les séropositifs ne sont quasiment plus contaminants. Mais les autres stratégies, comme le sérosorting (on ne se protège pas avec un partenaire de même statut que soi) ou le séropositionning (on adapte ses pratiques en fonction du statut du partenaire) sont très minoritaires.

L’ÉPIDÉMIE CACHÉE
Une autre source d’inquiétude pour les chercheurs réside dans le groupe des séro-interrogatifs (qui ne connaissent pas ou plus leur statut) et dans celui des non testés. Dans ces deux groupes, la non connaissance du statut empêche l’application de stratégies de réduction des risques et la part des gays dans ces deux groupes qui déclarent des pénétrations anales non protégées est importante (55% des séro-interrogatifs et 35% des non testés ayant des partenaires occasionnels). Pour l’Institut de veille sanitaire, cela alimente l’épidémie cachée. On estime qu’en France, entre 20 000 et 30 000 personnes ignorent leur statut sérologique. Dont beaucoup de gays.

Pour aggraver le tableau, l’Institut de veille sanitaire souligne que la part des séropositifs ayant une charge virale contrôlée (donc moins contaminants) a certes augmenté (on passe de 60% en 2004 à 75% en 2011) mais elle n’est pas suffisante et ceux qui ont une charge virale non contrôlée participent à l’augmentation des nouveaux diagnostics.

La réduction des risques, pour être réellement efficace, nécessite une connaissance actualisée de son statut sérologique, un traitement qui marche chez les séropositifs et une discussion pour adapter ses pratiques. Cette discussion n’a pas souvent cours dans les lieux de consommation sexuelles ou sur internet.

«MAINTENIR LA PRÉVENTION COMBINÉE»
Que faire? Pour Annie Velter, «la prévention combinée apparaît donc légitime alors que l’incidence du VIH reste à un niveau très élevé. La poursuite de la promotion de l’usage du préservatif, l’incitation au dépistage régulier, l’offre de traitements, qu’elle soit post-exposition (PeP), pré-exposition (PreP) pour les HSH séronégatifs très exposés, ou le traitement précoce des HSH séropositifs ainsi que le suivi des IST doivent donc être au cœur des programmes de prévention dédiés aux HSH dans une approche de santé globale.» Tout un programme qui nécessite des moyens. Pas sûr que la ministre de la Santé, peu disert sur l’épidémie, et que les associations, dont les subventions ont été réduites, arrivent à mettre ce programme en marche.

NB: Réalisée régulièrement depuis 1985, l’Enquête Presse Gay, rebaptisée L’Enquête Presse Gays et Lesbiennes en 2011, collecte des informations des homosexuels en France depuis 1985 (et depuis 2011 auprès des lesbiennes). Elle n’est pas représentative de l’ensemble des gays et des HSH, mais avec plus de 10000 questionnaires remplis en 2011, elle apporte suffisamment d’informations fiables. Et inquiétantes.

Photo Affiche d’une campagne de Aide Suisse contre le sida