Six organisations se sont associées pour lancer un appel intitulé «L’homophobie n’a pas sa place dans le sport»: la Fédération sportive gay et lesbienne (FSGL), SOS homophobie, le syndicat des professeurs d’éducation physique et sportive (SNEP–FSU), la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT), l’Anestaps, association des étudiant.e.s de Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives), et Femix’Sports. Signé par 50 personnalités du monde du sport, l’appel marque le lancement d’une campagne contre les LGBTphobies qui a été présentée aujourd’hui lors d’une conférence de presse:

«Non, une équipe masculine d’un sport collectif n’est pas constituée de « tapettes » et de « vrais mecs ». Non, une sportive n’est pas « un garçon manqué ». Non, des joueuses de football ne devraient pas être exclues pour s’être embrassées dans leur club. Non, personne ne devrait arrêter la pratique sportive pour échapper à des insultes dans les vestiaires. Non, personne ne devrait avoir peur de prendre une douche après un match. Non, personne ne devrait tomber dans la dépression suite au harcèlement moral des membres de son club ou de son association en raison de son orientation sexuelle. Non, une athlète ne devrait pas avoir à cacher son orientation sexuelle pour participer à une compétition. Nous, signataires de ce manifeste, croyons que le sport peut et doit transcender les différences pour être au service de l’égalité et de l’émancipation de chacun-e.»

BEAUCOUP D’ATHLÈTES RÉTICENT.E.S À S’ENGAGER CONTRE L’HOMOPHOBIE
Parmi les signataires, l’escrimeuse Laura Flessel, les anciennes ministres des Sports Marie-George Buffet et Chantal Jouanno, le chercheur Philippe Liotard, le footballeur Yoann Lemaire, la boxeuse Myriam Lamare mais aussi Pierre Vincent, l’ex-entraîneur de l’équipe de France de basketball médaillée aux Jeux olympiques, le perchiste Romain Mesnil ou Arnaud Decaudin, champion du monde de planche à voile. «Trouver des signataires n’a pas été évident, indique Claire Pontais, secrétaire nationale du SNEP-FSU. Nous avons essuyé beaucoup de refus.» Laurent Beauvais, président de l’Anestaps, confie aussi son étonnement face au refus de certain.e.s sportifs/ves de signer l’appel: «Beaucoup ne voulaient pas engager leur image dans la lutte contre l’homophobie dans le sport».

La campagne se déclinera sous forme d’affiches, mais aussi en colloques et rencontres auprès des professeur.e.s, des éducateurs/trices sportifs/ives, des étudiant.e.s en Staps pour former et sensibiliser à la lutte contre les LGBTphobies et contre le harcèlement.

«CERTAIN.E.S ONT DÛ RENONCER»
Mickaël Bouvard, formateur pour adultes à SOS homophobie, rappelle l’enjeu global de la lutte contre l’homophobie: «Il faut sensibiliser toutes les personnes afin que chacun.e soit épanoui.e dans sa pratique sportive. Tout le monde doit être acteur/trice de prévention.» «L’homophobie est encore un frein dans la pratique sportive, renchérit Christelle Foucault, présidente de la FSGL, quel que soit le sport, le niveau, certain.e.s ont dû renoncer à cause des brimades, des insultes.»

RIEN DE PIRE QUE LA LOI DU SILENCE
Claude Fauquet, ancien Directeur technique national de l’équipe de France de natation de 2001 à 2008, note avec satisfaction le nombre important de nageurs/euses de l’équipe de France ayant signé l’appel: Laure Manaudou, son frère Florent, Camille Lacourt, Frédérick Bousquet, Fabien Gilot, Giacomo Perez-Dortona. «À Pékin en 2008, notre devise était « Respect, égalité, partage », rappelle-t-il. Certains nageurs sont homos, il n’y a jamais eu aucun souci au sein de l’équipe.»  Il critique néanmoins ce qu’il estime être une injonction au coming-out, ajoutant que la vie privée n’a pas être connue de chacun.e. Christelle Foucault rebondit sur les propos de Claude Fauquet et reprend la liste des signataires: «Sur les 10 athlètes de haut-niveau, une seule [Carole Péon] est ouvertement homo, ça signifie bien quelque chose. S’il était facile de vivre sa vie d’homo sans problèmes, ça se saurait, et nous ne serions pas là aujourd’hui.» Le représentant de la FSGT confirme cette impression et réaffirme l’importance de la visibilité des personnes LGBT dans le sport en faisant un parallèle avec le «Don’t Ask, Don’t Tell» qui était en vigueur dans l’armée américaine. «C’est important, car la parole casse aussi les préjugés. « Sois homo, mais surtout ne dis rien! » Non, il n’y a rien de pire que la loi du silence!»

TOUT LE MONDE EST CONCERNÉ
«C’est une question nouvelle pour nous, conclut Claire Pontais, un sujet qu’on n’aurait pas abordé spontanément. Deux choses sont importantes: il faut intégrer le maximum de gens à cet appel, car cette question des discriminations concerne tout le monde. À l’école, le racisme était toujours repris, mais pas l’homophobie, alors il faut évoluer en ce sens. Deuxièmement, la lutte contre les LGBTphobies s’inclut à la lutte pour l’égalité homme/femme, c’est une partie de ce problème. L’école, l’éducation physique et sportive doivent être des moteurs.»

Photo Maëlle Le Corre