Les socialistes allemands du SPD n’ont pas tenu leur promesse électorale d’accorder 100 pour cent de droits aux personnes LGBT et viennent de sacrifier les droits LGBT sur l’autel de leur accession au pouvoir. L’accord entre les chrétiens-démocrates (CDU et CSU) et les socialistes date de la nuit de mardi à mercredi. Les socialistes ont renoncé à un accord clair en matière de droits LGBT au profit d’une formule passe-partout qui n’engage à rien de précis. Reste cependant à attendre le vote des militant.e.s socialistes qui ont le pouvoir d’ avaliser ou d’invalider l’accord de coalition dans les jours qui viennent. Rendez-vous le 15 décembre pour le résultat du vote des militant.e;s socialistes. Sur tous les sites communautaires LGBT la déception est immense, les gays et les lesbiennes allemand.e.s se sentent trahi.e.s par le parti socialiste auquel nombre d’entre eux/elles avaient accordé leur confiance.

Pourtant les personnes LGBT avaient par le passé été soutenu.e.s par les socialistes. En 2001, c’est un gouvernement rouge-vert qui avait fait voter la loi sur le partenariat enregistré (contrat d’union civile), une première reconnaissance des droits LGBT, qui avait conduit aussi à une plus grande acceptation sociale. Et dans cette belle foulée, le programme des élections 2013 du SPD promettait «100 Prozent Gleichstellung nur mit uns» («100 pour 100 d’égalité des droits seulement avec nous»). Beaucoup avaient cru en cette promesse, dont il ne reste quasi plus rien dans l’accord de coalition: l’ouverture du mariage pour les gays et les lesbiennes n’y est pas mentionné, pas plus que le droit à l’adoption plénière. Dans le gouvernement précédent, les alliés libéraux des chrétiens-démocrates, eux aussi favorables à l’égalité des droits, avaient été mangés à la même sauce par les chrétiens-démocrates, ils ont à présent disparu de la scène politique. La lutte pour l’égalité des droits et contre toutes les discriminations avait de tous temps été à l’agenda des socialistes, mais ce n’est plus le cas dans l’accord de gouvernement qui vient d’être signé.

Rien de très concret dans l’accord de gouvernement. Voyons cependant ce qui y est inscrit sous le titre «Respecter l’identité sexuelle»:
– la conscience de ce que des valeurs fondamentales pour la société sont vécues au sein des couples de même sexe;
– la promesse de faire en sorte de mettre fin aux discriminations existantes dans tous les domaines de la société pour les couples de même sexe et/ou en raison de l’identité sexuelle des personnes. La promesse de couler sans tarder en forme de loi le dernier jugement de la Haute Cour constitutionnelle de Karlsruhe en matière d’adoption;
– l’engagement de continuer à soutenir le travail de la Fondation Magnus Hirschfeld;
– la condamnation active de l’homophobie et de la transphobie. Le plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme sera étendu à la lutte contre l’homophobie et la transphobie;
– l’amélioration du droit des personnes intersexuelles après évaluation.

On le voit, il n’y a pas là matière à se réjouir particulièrement. Les engagements sont des plus vagues, des formules passe-partout sont utilisées. Reconnaître que les couples gays et lesbiens sont porteurs de valeurs ne coûte que les mots pour le dire. S’engager à appliquer les décisions de Karlsruhe est la moindre des choses dans un état de droit, et n’est en soi pas un engagement, puisqu’il s’agit d’un prescrit légal.

On ne peut douter que, si elles ne l’ont déjà fait, les associations LGBT allemandes appelleront toutes au rejet de cet accord de gouvernement par les militant.e.s socialistes.

Luc Lebelge

Photo Mehr Demokratie e.V.

En partenariat avec Munich and Co.