Christophe Najdovski est depuis 2001 conseiller de Paris. Maire adjoint chargé de la petite enfance depuis 2008, cet homme de 44 ans brigue le fauteuil de maire de Paris pour Europe Écologie Les Verts. Il répond aux questions de Yagg sur la vie dans la capitale, les droits des LGBT, le FN, les Gay Games.

Vous faites partie de la majorité municipale depuis 12 ans et vous présentez une liste concurrente. Quels sont vos rapports avec la candidate socialiste Anne Hidalgo? Nous avons choisi d’être dans un partenariat au sein d’une coalition, mais nous voulons traiter d’égal à égal. Notre projet s’exprime de façon autonome et nous chercherons ensuite les voies d’un accord dans le sens de l’action menée ensemble pendant ces 12 ans.

Notre vision n’est pas la même que celle d’Anne Hidalgo concernant le transport, l’urbanisme, le logement. Entre nous, les électeurs choisiront. Ce qui m’intéresse, c’est de présenter un projet pour les Parisien.ne.s qui est différent du reste de l’offre politique. Celle-ci ne se résume pas à deux partis que sont le PS et l’UMP. Il y a d’autres sensibilités et l’écologie est une sensibilité à part entière.

Sur le transport par exemple, on reste sur des schémas hérités de Pompidou et de Chirac avec une voie express qui longe la Seine alors que toutes les grandes villes ont reconquis les berges et le fleuve. À Paris, l’autoroute urbaine traverse la ville, c’est anachronique. Ni Nathalie Koscisuko-Morizet ni Anne Hidalgo ne s’attaquent à cette question. Je propose de construire la ville du XXIe siècle pour transformer la voie express en boulevard urbain, avec un tramway et des voies piétonnes. Pendant l’inauguration du centre commercial Beaugrenelle, on a mis en avant la toiture végétalisée mais c’est un centre commercial conçu autour de la voiture, ce qui occasionne des engorgements. On n’a pas pensé à son insertion dans la ville. L’écologie, ce n’est pas juste un coup de peinture verte avec une toiture végétalisée sur un projet qui n’a rien à voir avec l’écologie.

Pourquoi ne pas avoir réagi pendant que vous étiez au pouvoir? Sur les projets d’urbanisme, on n’a pas eu voix au chapitre. Dans cette mandature, nous avions un poids moins important, nous n’avons pas été entendu.e.s. Les projets d’urbanisme ont été menés de façon centralisée entre le maire de Paris et Anne Hidalgo. À aucun moment on ne nous a demandé notre avis sur l’extension de Roland-Garros sur les serres d’Auteuil, ce qui nous choque profondément parce que c’est une extension du domaine marchand sur un patrimoine historique avec un lieu dont le sol est inscrit aux monuments historiques. Pourquoi vouloir maintenir le tournoi dans Paris intra muros? On peut penser métropole et délocaliser Roland-Garros à Versailles ou à Gonesse si on veut rivaliser avec Wimbledon.

Que faire pour améliorer la vie des personnes LGBT à Paris? Je suis profondément attaché à ce que chacun.e vive comme il l’entend sans subir de discriminations. Il y a encore du travail à faire dans ce domaine. Beaucoup de jeunes gens, quand ils se découvrent homosexuel.le.s, le vivent mal à cause de l’ostracisme de leurs pairs ou de leurs parents et on doit accompagner ce moment de vie qui peut être difficile. Ça peut passer par un soutien aux structures existantes. Mais il faut aussi faire évoluer les sensibilités dès le plus jeune âge. C’est du ressort de l’Éducation nationale mais la ville a aussi un rôle à jouer car elle gère le patrimoine scolaire. Je suis satisfait de la politique menée par la municipalité depuis maintenant 12 ans. On est passé, en gros, du néant à un certain nombre d’actions, notamment contre les comportements à risque d’un point de vue sanitaire et médical. Il y a eu une politique de promotion de l’égalité dans laquelle on s’inscrit totalement.

Le soutien apporté doit être accru pour parvenir à une égalité réelle. Nous pourrons mener des politiques de sensibilisation avec une démarche proactive contre les représentations négatives, notamment parmi les jeunes, les collégien.ne.s, et même avant. L’homophobie tue et les couples homos sont encore victimes de violences comme ce fut le cas pour Wilfred de Bruijn et son compagnon. Ce serait un progrès que d’arriver à l’indifférence. Qu’est-ce que ça peut faire que deux filles ou deux garçons se tiennent par la main dans la rue?

Vous avez embrassé un autre homme lors d’une manifestation contre les lois homophobes en Russie. Quel sens donnez-vous à ce geste?

Ce n’était pas désagréable! Ma copine a regardé à côté et elle savait qu’il n’y avait aucun risque, quoiqu’elle aurait pu se demander si ça n’allait pas déclencher quelque chose… C’est un beau garçon, je l’ai fait avec quelqu’un avec qui je me sentais capable de le faire. Mais blague à part, ce qui était important avec ce geste, c’était la portée symbolique pour protester contre ce qui se fait en Russie. Au-delà de ce message, je l’ai fait en tant que candidat pour montrer que chacun a le droit d’aimer qui il veut, en France, en Russie ou ailleurs et il faut cesser d’importuner, de discriminer et de maltraiter les personnes en raison de leur orientation sexuelle.

Le mouvement LGBT porte d’autres revendications comme l’accès à la PMA pour les femmes et les droits des trans’. Quelles sont vos positions sur ces questions? Je suis favorable à l’adoption d’une loi sur la PMA. Il y a eu une reculade de François Hollande et du PS en renvoyant ça à une loi future sur la bioéthique. Vu le contexte, c’est un renvoi aux calendes grecques. Je suis très sensible aussi aux droits des trans’. Pascale Ourbih se présente dans le XVIe et nous avions eu Camille Cabral dans le XVIIe [lors des législatives de 2002, ndlr].

Je soutiens ces droits parce que les trans’ sont les plus discriminé.e.s parmi les discriminé.e.s. Ces personnes doivent être reconnues dans leur identité.

Le personnel politique se renouvelle. Vos principales rivales sont des femmes. Être un homme, n’est-ce pas un désavantage? On peut être un homme et féministe, ce qui est mon cas. Mon parti a inscrit la parité depuis 30 ans dans ses statuts. Je suis candidat à Paris, mais il y a aussi beaucoup de femmes dans d’autres villes. On a 10 femmes têtes de liste et 10 hommes têtes de liste et on le fait depuis 2001 quand les autres commencent maintenant. Une candidature féminine peut être l’arbre qui cache la forêt: derrière NKM, 85% des député.e.s UMP sont des hommes.

L’important, c’est d’avoir une vision d’ensemble avec une parité de candidatures et d’élu.e.s. À l’Assemblée nationale et au Sénat, on est le seul groupe à être paritaire. D’ailleurs, Bertrand Delanoë m’a proposé la délégation à la petite enfance parce qu’il voulait casser les stéréotypes.

Jusque-là, cette fonction avait été uniquement occupée par des femmes. Mais il m’a vu à une manifestation avec ma fille sur les épaules et il m’a proposé de prendre ce poste. J’ai débarqué dans un monde où 99% des personnes sont des femmes. J’ai apporté un regard un peu différent.

Le Front national a mis en avant une liste composée majoritairement de gays dans le IIIe arrondissement. Qu’en pensez-vous? La montée du FN à Paris est très limitée, les sondages le donnent à 7 ou 8%. Mais je tiens à le rappeler: le FN n’a pas changé. J’ai entendu les propos il y a quelques jours de Jean-Marie Le Pen, président d’honneur de ce parti, sur Christiane Taubira, et c’est absolument abject, ça me révulse.

Je ne comprends pas comment certaines personnes homosexuelles peuvent s’engager politiquement auprès d’un parti qui a horreur de l’égalité et qui milite pour la discrimination entre les êtres humains parce que certain.e.s, en raison de leur origine ou de leur religion, seraient moins bien que d’autres. Le message que véhicule le FN est profondément inégalitaire. J’attire l’attention sur le vrai visage du FN.

C’est la stratégie de Marine Le Pen que d’avancer des pions dans les différents pans de la société, mais il faut arrêter de croire qu’elle est pour l’égalité, en aucun cas, elle ne défendra les droits des personnes LGBT. Nous, on ne fait pas un quota de candidats gays dans tel arrondissement pour séduire la population. Certaines personnes homosexuelles ne souhaitent pas le mettre en avant et sont militant.e.s et candidat.e.s sans en faire un coup marketing.

Paris accueillera les Gay Games en 2018. Comment envisagez-vous cette échéance? EELV a soutenu la candidature de Paris dès le départ. Et j’étais au Who’s avec les bénévoles de Paris 2018 quand la désignation a eu lieu. Ça a été une explosion de joie. C’est une formidable opportunité pour Paris de recevoir ces jeux qui ne mettent pas en avant la compétition, mais le partage, le fair-play, l’égalité, l’échange, la solidarité, qui sont des valeurs que je souhaite promouvoir. Ce sera un moment important pour que Paris porte un message universel auprès du monde entier. On pourra dire: «Venez, participez quels que soient votre âge, vos qualités, votre situation.» Ce sera à la fois festif et fraternel. Je n’ai pas encore décidé si j’y participerai mais s’il y a une épreuve de course à pied, pourquoi pas.

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