Amandine MiguelL’Inter-LGBT affirme son soutien au combat contre les violences faites aux femmes ainsi que pour l’égalité femmes/hommes et rappelle la nécessaire convergence des luttes féministes et LGBT. En effet, le système hétéropatriarcal, fondé sur la hiérarchie entre les sexes et les sexualités, institue la domination des hommes sur les femmes et du masculin sur le féminin, entrainant des violences envers les femmes ainsi qu’envers les hommes homosexuels qui se comporteraient soi-disant «comme des femmes».

L’Inter-LGBT rappelle que dans notre société patriarcale où l’hétérosexualité est la norme, les femmes lesbiennes, bisexuelles et trans’ sont doublement discriminées. Ainsi, en tant femme et en tant qu’homosexuelles, bisexuelles et/ou trans, elles rencontrent au quotidien sexisme et LGBTphobies. Ces violences surgissent dans des degrés divers: moqueries, déni, harcèlement, insultes… et mènent parfois à des agressions physiques, des viols correctifs (pour les «punir» de leur orientation sexuelle/changement de sexe ou les «ramener» dans l’hétérosexualité), violences pouvant aller, dans les cas extrêmes, jusqu’au meurtre.

Ces violences ont connu une véritable explosion au cours de cette année, propagées par le climat de haine lesbophobe, homophobe, biphobe et transphobe (LGBTphobe) qui a accompagné les débats autour du projet de loi mariage et adoption, répandant un discours LGBTphobe décomplexé.

Ainsi, pour l’année 2012, le rapport annuel 2013 de SOS Homophobie a fait état d’une hausse du nombre de témoignages (toutes thématiques confondues) de 30% par rapport à l’année précédente. En septembre 2013, l’association annonçait alors avoir reçu autant de déclarations en 6 mois (entre janvier et juin 2013) qu’au cours de l’année totale précédente – soit 2000 témoignages, laissant présager le doublement du chiffre de 2012 pour l’année 2013.

Au cours du débat autour du projet de loi mariage et adoption, les lesbiennes ont été doublement stigmatisées: le débat sur la PMA se superposant à celui sur le mariage et l’adoption et entraînant avec lui son flot de propos lesbophobes. Parce qu’on ne peut pas régler la question des violences sans combattre les discriminations, nous demandons que l’accès à la procréation médicalement assistée soit ouvert à toutes les femmes, ainsi qu’elle l’est pour les femmes hétérosexuelles en couple avec un homme.

Le président et le gouvernement doivent tenir leurs promesses. Par conséquent, nous demandons au gouvernement de faire preuve de courage politique en ouvrant tous les modes de filiation aux couples de même sexe et en respectant la souveraineté des groupes parlementaires qui souhaiteront inclure par voie d’amendement l’ouverture de la PMA à toutes les femmes dans le projet de loi Familles.

Le gouvernement doit également honorer ses promesses en faisant accéder les personnes trans’ aux mêmes droits que tou.te.s les citoyen.ne.s en et en s’engageant dans une vraie lutte contre la transphobie. La situation des femmes trans’ est en effet extrêmement précarisée car elles sont nombreuses à ne pas pouvoir avoir de papiers conforme à leur genre, comme le soulignait l’avis de la CNCDH rendu le 27 juin 2013, en raison de procédures de changement d’état civil longues et barbares. Nous rappelons la nécessité et l’urgence d’une loi instaurant un changement d’état civil simplifié, avec une procédure démédicalisée et déjudiciarisée.

Malgré leur réalité, ces violences sont trop souvent niées, oubliées et invisiblisées. En témoigne l’absence révoltante du terme lesbophobie dans le dictionnaire, mot créé dans les années 90 par la Coordination Lesbienne en France en réaction à l’invisibilisation des lesbiennes et des violences à leur encontre.

Il s’agit d’une double discrimination spécifique aux lesbiennes, conjuguant sexisme et homophobie en direction des femmes dont l’homosexualité est réelle ou supposée (femmes ne correspondant pas aux stéréotypes de genre imposés par les normes de féminité).

Parce que ce qui n’est pas nommé n’existe pas, il est primordial de nommer cette violence pour pouvoir la combattre. Par conséquent, l’Inter-LGBT exige la reconnaissance de la réalité et de la spécificité de la lesbophobie par les institutions en charge de définir les catégories de la langue et du droit français.

Ainsi, les pouvoirs publics et l’ensemble de la société civile doivent se saisir de ce phénomène de violence envers les femmes lesbiennes, bisexuelles et trans’. Nous demandons que l’État se donne les moyens, à travers une enquête nationale en population générale, de connaitre, mesurer et rendre visible la lesbophobie, la biphobie et la transphobie.

Parce que c’est dès le plus jeune âge que les inégalités se construisent et alimentent le terreau de la violence à l’encontre des femmes lesbiennes, bisexuelles et trans, nous demandons la mise en œuvre effective d’une éducation à l’égalité des sexes et des sexualités dès la maternelle et la formation des professionnel.le.s de l’éducation à ces questions.

Amandine Miguel, porte-parole de l’Inter-LGBT chargée des questions de la Visibilité Lesbienne

Photos Campagne de la Ville de Paris / DR