«C’est une maladie qu’on ne peut pas oublier. Ministre, pas ministre, ça vous atteint dans votre chair.» Dans un entretien accordé au Monde, Dominique Bertinotti révèle qu’elle vient de subir une dernière séance de radiothérapie. La ministre de la Famille a découvert en février dernier qu’elle avait un cancer. Elle a donc vécu les débats sur la loi ouvrant le mariage à tous les couples au rythme des séances de chimio.

Elle a choisi de ne pas en parler, à part à quelques proches et au Président de la République, qui a respecté son choix du silence.

«Serais-je restée silencieuse si je n’avais pas été une femme politique?, s’interroge-t-elle dans Le Monde. Je ne sais pas. Personne ne peut dire comment on va entrer dans la maladie. Instinctivement, je ne voulais pas mettre le cancer au centre. Je voulais bien être une ministre malade, pas une malade ministre. C’est un tel ébranlement de vous-même… Je ne me sentais pas assez forte pour gérer en plus le regard des autres.»

Au Monde, elle raconte l’arrêt de travail que lui donne une infirmière (« »À qui je vais donner ça? », a-t-elle demandé. « À qui vous voulez », a répondu l’infirmière»), la première séance des questions au gouvernement avec sa perruque, les «lendemains de chimio où monter trois marches, c’est l’Everest», l’infirmière de Curie qui l’encourage à ne pas lâcher sur le mariage pour tous, le coiffeur qui lui trouve «un beau crâne»…

Pourquoi en parler maintenant? «Pour aider à faire évoluer le regard de la société sur cette maladie dont le nom est terriblement anxiogène. Pour montrer qu’on peut avoir un cancer et continuer une vie au travail. Pour que les employeurs comprennent que la mise en congé longue maladie n’est pas forcément la meilleure des solutions. Pour qu’il y ait moins de peur, plus de compréhension. Pour qu’on réfléchisse sur les inégalités face au coût des traitements de confort, comme le vernis spécial pour les ongles ou la perruque, qui sont si importants.»

Photo Yagg