«J’ai pris une grosse claque», confie Emma (à droite sur la photo) en racontant son histoire. Dans un peu moins d’un an, elle épousera Camille. Une perspective heureuse pour elles qui sont en couple depuis dix ans. L’ombre est apparue lors du choix du lieu.

«MARIAGE DEVANT DIEU»
La famille d’Emma a longtemps été propriétaire d’un moulin en Normandie dans lequel elle a passé «les plus belles vacances» de son enfance. Mais sa famille a dû vendre cet endroit qui représente pour elle «une part d’histoire». Pour accueillir ses proches lors de son mariage, l’idée de retourner au moulin s’est imposée, d’autant plus que les nouveaux propriétaires y ont ouvert une chambre d’hôtes. Emma a contacté le couple qui possède désormais les lieux. Celui-ci a d’abord pris le temps de réfléchir car leur compagnie d’assurances ne le couvre pas pour ce type de prestations. Compte tenu de l’histoire qu’Emma partage avec l’endroit, le couple a exceptionnellement donné son accord.

Quelques semaines plus tard, les propriétaires du moulin et Emma se contactent de nouveau pour préciser la date de la cérémonie et préparer au mieux la fête. Mais lorsque la future mariée précise au détour de la conversation qu’elle épousera une femme, Camille, une tension s’installe soudain. Un grand silence s’abat, finalement interrompu d’une remarque du gérant de la maison d’hôtes: «Vous faites bien de le préciser parce qu’on a participé à toutes les manifestations contre ce projet de loi». Il parle alors de procréation médicalement assistée et de «mariage devant Dieu», le seul à avoir de la valeur à ses yeux. Malgré les arguments avancés par Emma sur l’amour qu’elle démontre au quotidien à sa compagne depuis une décennie, le propriétaire du moulin est implacable.

PAROLE CONTRE PAROLE
Emma s’était engagée à rappeler les propriétaires du moulin quelques jours plus tard, mais elle y a renoncé car il était «de toute façon hors de question de donner de l’argent à des radicaux». Dans la mesure où les propriétaires de la maison d’hôtes n’y organisent jamais de mariage et qu’aucun engagement écrit n’avait été contracté, elle sait que sa cause sera difficile, voire impossible à défendre devant un tribunal dans un procès qui opposerait sa parole à celle du militant anti-égalité.

Depuis, Camille et elle ont trouvé un autre endroit pour célébrer leur union. Les deux femmes, qui disent avoir participé à toutes les manifestations pour l’égalité, ont aujourd’hui envie de «passer à autre chose» et de laisser de côté l’amertume suscitée par ce nouveau sursaut d’homophobie dans leur vie. «Nous témoignons pour expliquer qu’aujourd’hui, même si le mariage est légal, nous sommes toujours victimes de discriminations», ont-elles commenté.

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